Rapport Lescure : combattre le pire et soutenir le meilleur

mai 16, 2013 dans Annonce

La mission Lescure a remis lundi son rapport sur l’acte II de l’exception culturelle. Les 80 recommandations qu’il comporte forment un ensemble complexe, auquel SavoirsCom1 consacrera plusieurs analyses détaillées. Les positions complètes du collectif sur l’ensemble des propositions pourront être consultées sur la carte heuristique qui figure ci-dessous. Nous invitons également à aller commenter le rapport sur ce document ouvert par La Quadrature du Net.

acteII

SavoirsCom1 avait participé à la première audition organisée par la mission Lescure. Le collectif avait alors fait valoir son point de vue, en appelant à un rééquilibrage du système en faveur des usages et des biens communs de la connaissance. Nos propositions visaient à rompre avec l’approche répressive et restrictive qui a prévalu jusqu’à présent en France pour tirer pleinement les conséquences de la révolution numérique.

Ce que SavoirsCom1 pense des propositions du rapport Lescure

A la lecture des recommandations du rapport, SavoirsCom1 déplore que le cœur de ses propositions ait été écarté. La mission rejette la légalisation des échanges non marchands accompagnée de la mise en place de financements mutualisés sous la forme d’une contribution créative, tout en appelant cependant à approfondir la réflexion sur ces questions. Par ailleurs, malgré la suppression annoncée d’Hadopi et la disparition de la coupure de l’accès Internet, la logique de répression du partage entre individus reste à l’ordre du jour, par le biais d’un système d’amendes. Elle risque même d’être prolongée cette fois par de nouveaux moyens de lutte contre la contrefaçon commerciale, qui soulèvent de vives inquiétudes. L’idée notamment d’une autorégulation des intermédiaires techniques sur la base de chartes de bonnes pratiques porte en elle une logique de mise en place de polices privées du droit d’auteur et SavoirsCom1 rejoint pleinement sur ce point les critiques formulées par La Quadrature du Net. De la même manière, le renforcement des pouvoirs du CSA par redéploiement d’une partie des compétences de la Hadopi traduit la volonté d’instaurer une « régulation » d’Internet qui, sous couvert de promouvoir l’offre légale et les créations françaises, pourrait déboucher sur de graves atteintes au principe de Neutralité du Net.

Mais SavoirsCom1 tient aussi à saluer le travail accompli par la mission Lescure sur plusieurs points importants, en particulier dans la partie du rapport consacrée à l’adaptation des droits de propriété intellectuelle. Tranchant avec les rapports Olivenne et Zelnik qui l’ont précédé, le rapport Lescure constitue l’un des premiers textes officiels à appeler clairement à la reconnaissance et au renforcement d’éléments essentiels au rééquilibrage du système. Les recommandations relatives aux exceptions au droit d’auteur, au domaine public ou aux licences libres vont clairement dans le sens de l’ouverture. Le rapport innove également en appelant les pouvoirs publics à favoriser la mise à disposition de contenus numériques en bibliothèques, à lever les obstacles juridiques au développement du crowdfunding, à débloquer des fonds publics pour la numérisation du patrimoine culturel ou à constituer des répertoires ouverts de métadonnées des œuvres.

Tous ces éléments recoupent plusieurs points du Manifeste de SavoirsCom1. Ils forment une plateforme de mesures qui méritent d’être soutenues, afin d’initier un mouvement de réforme positive du système.

SavoirsCom1 combattra avec la plus grande énergie les mesures répressives qui figurent dans le rapport et qui remettent en question la nature de bien commun d’Internet. Mais le collectif s’attachera aussi à défendre les mesures positives qu’il comporte, afin qu’elles ne soient pas enterrées, mais au contraire traduites dans la loi pour enclencher un mouvement de réforme du système dans le sens de l’ouverture.

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Open Food Facts, le wikipédia des aliments

avril 26, 2013 dans Non classé

CaptureOpen Food Facts est un projet collaboratif répertoriant les produits alimentaires du monde entier afin de créer une base de données libre et ouverte. Nous saluons cette initiative dont Stéphane Gigandet l’instigateur a trouvé intéressant de la faire coïncider avec la date de la Food Revolution Day le 17 mai. Open Food Facts a été créé le 19 mai 2012 et nous allons bientôt  souffler sa première bougie.

Ce projet s’insère totalement dans notre manifeste touchant aux conditions d’appropriabilité de l’information. C’est contre ces enclosures qu’il nous faut nous élever, en ayant à l’esprit que les enclosures peuvent aussi bien être le fait du monde marchand que du monde non marchand.
Le point 5 du manifeste de SavoirsCom1 est clair à ce sujet :

5. L’ouverture des données publiques dans des conditions qui évitent les enclosures doit favoriser des cercles vertueux. Quand il s’agit de favoriser le développement de nouveaux modèles d’affaires, cela doit se faire dans des conditions de “partage à l’identique” où ce qui est créé et vendu de manière exclusive ne doit pas être la ressource mais les services qui lui sont associés.Le point 9 prècise notre position sur l’Open Data9. Placer les biens communs au cœur des modèles économiques de l’information. Le collectif promeut une approche complexe des écosystèmes informationnels…

Je vous suggère d’écouter l‘interview de Stéphane Gigandet accordée à Rebecca Armstrong dans l’émission Le Ton Libre le 7 mars dernier. A ce jour près de 8000 produits sont référencés et nous vous invitons à collaborer à ce superbe projet!

7782 products:

Français - 6415 produits
Español - 1022 productos
English - 121 products
Deutsch - 102 Produkte
Português - 47 produtos
Polski - 24 products
Nederlands - 14 products
Italiano - 13 prodotti
العربية - 9 المنتوجات
Chinois - 8 products
Tiếng Việt - 5 products
Русский - 2 продукты

Vous pouvez également vous rendre sur les pages Facebook en français, arabe, espagnol, portugais et anglais ou encore sur Twitter ou Google + afin d’obtenir plus de renseignements. Rien de difficile, vous avez toutes les informations sur leur site, vous pouvez télécharger une application  iPhone ou Android et le tour est joué. Même pas besoin de vous déplacer dans un premier temps. Faites le tour de vos placards, souvenez-vous où vous avez fait l’acquisition de votre paquet de nouilles, de votre boite de choucroute garnie et en 5 minutes vous êtes contributeur(trice).

Capture
Une boite de sachets de thé vert…

Qu’attendez-vous ? La prochaine insomnie ?

Un dernier mot pour vous parler de Food Revolution Day. Ces données, une fois récoltées peuvent être utiles à bien des égards, et Stéphane Gigandet s’en est aperçu à travers son site regroupant plusieurs milliers de blogueurs de la place du sucre, du diabète… dans les aliments. Un petit jeu créé avec les données d’Open Food Facts.

La Fondation Jamie Oliver  est à l’origine de Food Revolution Day, journée mondiale d’action pour promouvoir, éduquer et valoriser tous ceux qui se battent pour une alimentation plus saine et ainsi se reconnecter avec la nourriture.

Cette base de données collaborative peut servir à ce genre d’initiatives. Tout comme Wikipedia permet à des élèves, mais aussi à nous adultes, d’avancer et d’agir grâce à des connaissances supplémentaires, profitons de ce genre d’opportunité qui nous est offerte. En 2012 1000 manifestations dans 664 villes et 62 pays se sont déroulées.  Soyons innovants!

Prenons Date pour le 17 mai et avant, en avant les données…

Non à la privatisation du domaine public par la Bibliothèque nationale de France !

janvier 18, 2013 dans Enclosures

L’association COMMUNIA, l’Open Knowledge Foundation France, Creative Commons France, La Quadrature du Net et SavoirsCom1 publient ce jour un communiqué dénonçant la signature par la BNF, le Commissariat aux investissements d’avenir et le ministère de la Culture et de la communication d’accords qui privatisent l’accès numérique à une part importante de notre patrimoine culturel.

Les organisations Framasoft, Regards Citoyens, Veni Vidi Libri, le Parti Pirate, Libre Accès, Wikimedia France, Vecam, LiberTIC , PiNG, Floss Manuals francophone, le Front de Gauche du numérique libre et l’April ont souhaité apporter leur soutien à cette déclaration suite à sa publication.

Dans des communiqués propres, l’Association des Bibliothécaires de France (ABF), l’Interassociation Archives Bibliothèques Documentalistes (IABD), l’ADBU (Association des Directeurs de Bibliothèques Universitaires), l’ADBS (Association des professionnels de la documentation et de l’information) et la FADBEN (Fédération des Enseignants Documentalistes de l’Éducation Nationale) ont elles aussi exprimé son opposition à ces accords.

Paris, le 18 janvier 2013 — Le ministère de la Culture a annoncé hier la conclusion de deux accords, signés entre la Bibliothèque nationale de France et des firmes privées, pour la numérisation de corpus de documents appartenant pour tout (livres anciens) ou partie (78 et 33 tours) au domaine public. Les fonds concernés sont considérables : 70 000 livres anciens français datant de 1470 à 1700, ainsi que plus de 200 000 enregistrements sonores patrimoniaux. Ces accords, qui interviennent dans le cadre des Investissements d’avenir et mobilisent donc de l’argent public, vont avoir pour effet que ces documents ne seront pas diffusés en ligne, mais uniquement sur place à la BnF, sauf pour une proportion symbolique.

Ces partenariats prévoient une exclusivité de 10 ans accordée à ces firmes privées, pour commercialiser ces corpus sous forme de base de données, à l’issue de laquelle ils seront mis en ligne dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Les principaux acheteurs des licences d’accès à ces contenus seront des organismes publics de recherche ou des bibliothèques universitaires, situation absurde dans laquelle les acteurs du service public se retrouveront contraints et forcés, faute d’alternative à acheter des contenus numérisés qui font partie du patrimoine culturel commun.

Les conditions d’accès à ces éléments de patrimoine du domaine public seront restreintes d’une façon inadmissible par rapport aux possibilités ouvertes par la numérisation. Seule la minorité de ceux qui pourront faire le déplacement à Paris et accéder à la BnF seront en mesure de consulter ces documents, ce qui annule le principal avantage de la révolution numérique, à savoir la transmission à distance. Partout enFrance et dans le monde, ce sont les chercheurs, les étudiants, les enseignants, les élèves, les amateurs de culture, les citoyens qui se trouveront privés de l’accès libre et gratuit à ce patrimoine.

La valeur du domaine public réside dans la diffusion de la connaissance qu’il permet et dans la capacité à créer de nouvelles œuvres à partir de notre héritage culturel. Sa privatisation constitue une atteinte même à la notion de domaine public qui porte atteinte aux droits de chacun. Ces pratiques ont été condamnées sans ambiguïté par le Manifeste du domaine
public
, rédigé et publié par le réseau européen COMMUNIA financé par la Commission européenne :

  • Toute tentative infondée ou trompeuse de s’approprier des œuvres du domaine public doit être punie légalement. De façon à préserver l’intégrité du domaine public
    et protéger ses usagers de prétentions infondées ou trompeuses, les tentatives d’appropriation exclusive des œuvres du domaine public doivent être déclarées illégales.
  • Les institutions patrimoniales doivent assumer un rôle spécifique dans l’identification efficace et la préservation des œuvres du domaine public. [...] Dans le cadre de ce rôle, elles doivent garantir que les œuvres du domaine public sont accessibles à toute la société en les étiquetant, en les préservant et en les rendant librement accessibles.

À titre de comparaison, les partenariats validés par le ministère de la Culture aboutissent à un résultat encore plus restrictif pour l’accès à la connaissance que celui mis en œuvre par Google dans son programme Google Livres, dans lequel les ouvrages restent accessibles gratuitement en ligne sur le site des institutions partenaires. La mobilisation de l’emprunt national n’aura donc en aucun cas permis de trouver une alternative acceptable aux propositions du moteur de recherche.

Le ministère de la Culture affirme dans son communiqué que ces partenariats sont compatibles avec les recommandations du Comité des sages européens « A New Renaissance ». C’est à l’évidence faux, le rapport du Comité des sages admettant que des exclusivités commerciales puissent être concédées à des firmes privées pour 7 ans au maximum, mais insistant sur la nécessité que les documents du domaine public restent accessibles gratuitement en ligne, y compris dans un cadre transfrontalier. Plus encore, les accords sont en flagrante contradiction avec la Charte
Europeana du Domaine Public
(pdf) alors même que l’un de ses signataires occupe aujourd’hui la présidence de la fondation Europeana.

Par ailleurs, le rapport du Comité des sages énonce comme première recommandation que les partenariats public-privé de numérisation soient rendus publics afin de garantir la transparence, ce qui n’est pas été fait ici. L’opacité a régné de bout en bout sur la conclusion de ces partenariats, au point qu’une question parlementaire posée au ministère de la Culture par le député Marcel Rogemont est
restée sans réponse depuis le 23 octobre 2012, alors même qu’elle soulevait le problème de l’atteinte à l’intégrité du domaine public. Enfin, les partenariats publics-privés ont été récemment dénoncés par l’Inspection générale des finances dans un rapport commandé par le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, et par celui du Budget, Jérôme Cahuzac. Ces partenariats sont jugés trop
onéreux, trop risqués, trop complexes et trop profitables aux seuls intérêts privés.

Nous, associations et collectifs signataires de cette déclaration, attachés à la valeur du domaine public et à sa préservation comme bien commun, exprimons notre plus profond désaccord à propos de la conclusion de ces partenariats et en demandons le retrait sans délai. Nous appelons toutes les structures et personnes partageant ces valeurs à nous rejoindre dans cette opposition et à manifester leur désapprobation auprès des autorités responsables : BnF, Commissariat général à l’investissement et ministère de la Culture. Nous demandons également la publication immédiate du texte intégral des accords.

 

Contacts presse :

Rédacteurs du communiqué :


L’association internationale COMMUNIA
L’association a pour mission d’éduquer sur l’importance du domaine public numérique, de le défendre auprès des institutions, et de constituer une source d’expertise et de recherche en la matière. Elle a succédé au Réseau thématique COMMUNIA actif sur les mêmes sujets et financé par la Commission européenne. Contact : info@communia-association.org

L’Open Knowledge Foundation France L’Open Knowlegde Foundation (OKFN) est une organisation à but non lucratif fondée en 2004 à Cambridge qui promeut la culture libre sous toutes ses formes. Ses membres considèrent qu’un accès ouvert aux informations associé aux outils et aux communautés pour les utiliser sont des éléments essentiels pour améliorer notre gouvernance, notre recherche, notre économie et notre culture.

Creative Commons France. Creative Commons est une organisation à but non lucratif qui a pour dessein de faciliter la diffusion et le partage des oeuvres tout en accompagnant les nouvelles pratiques de création à l’ère numérique.

La Quadrature du Net La Quadrature du Net est une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. À ce titre, la Quadrature du Net intervient notamment dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée. Contact : Philippe Aigrain, co-fondateur et conseiller stratégique pa@laquadrature.net +33 6 85 80 19 31

SavoirsCom1 est un collectif qui s’intéresse aux politiques des biens communs de la connaissance. SavoirsCom1 défend les positions exprimées dans son Manifeste. Contact : savoirscom1@gmail.com

***

Ils ont manifesté leur soutien :

Framasoft, réseau d’education populaire au Libre en général et au logiciel libre en particulier.
Alexis Kauffmann, fondateur de Framasoft

Regards Citoyens est un collectif transpartisan qui vise à utiliser un maximum de données publiques pour alimenter le débat politique tout en appliquant les principes de la gouvernance ouverte. En plus de faire la promotion de l’OpenData et l’OpenGov en France, il réalise des projets web n’utilisant que des logiciels libres et des données publiques pour faire découvrir et valoriser les institutions démocratiques françaises auprès du plus grand nombre.

Le Parti Pirate est un mouvement politique ralliant celles et ceux qui aspirent à une société capable de : partager fraternellement les savoirs culturels et scientifiques de l’humanité, protéger l’égalité des droits des citoyens grâce des institutions humaines et transparentes, défendre les libertés fondamentales sur Internet comme dans la vie quotidienne.

Le Front de Gauche numérique libre :  Le Front de Gauche du numérique libre rassemble les citoyens qui souhaitent s’engager dans la mise au point d’un programme de gouvernement concernant le numérique, dans le cadre de l’action politique du Front de Gauche. Les signataires s’engagent à promouvoir des mesures d’alphabétisation numérique large, les droits fondamentaux du Citoyen dans le monde numérique, l’avènement d’une civilisation du partage des biens communs, l’universalisation de la connaissance et de la culture, les libertés et la non-intrusion dans la vie privée, des moyens pour garantir les droits des salarié-e-s dans le travail intellectuel.

Veni, Vidi, Libri a pour objectif de promouvoir les licences libres ainsi que de faciliter le passage de créations sous licence libre.

Libre Accès a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de l’art libre et de défendre les droits de ses amateurs et auteurs.

Wikimédia France — Association pour le libre partage de la connaissance est une association à but non lucratif de droit français (loi 1901), dont le but est de soutenir en France la diffusion libre de la connaissance et notamment les projets hébergés par la Wikimedia Foundation  comme l’encyclopédie Wikipédia, la médiathèque Wikimedia Commons, le dictionnaire Wiktionnaire et plusieurs autres projets liés à la connaissance.

Vecam est une association visant à donner aux citoyens les moyens de s’interroger, comprendre, débattre et s’approprier les transformations liées à la numérisation croissante de l’information, des productions culturelles et du savoir.

LiberTIC est une association nantaise de loi 1901,  indépendante et non-partisane, qui a pour objectif de promouvoir l’e-démocratie et l’ouverture des données publiques.

PiNG est un projet associatif qui explore les pratiques numériques et invite à la réappropriation des technologies. A la fois espace de ressources, d’expérimentation et atelier de fabrication numérique (Fablab), l’association développe son projet autour de la médiation, la pédagogie, l’accompagnement et la mise en réseau des acteurs.

April : Pionnière du logiciel libre en France, l’April, constituée de 4884 adhérents (4431 individus, 453 entreprises, associations et organisations), est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du logiciel libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l’espace francophone.

SavoirsCom1 : quoi, pourquoi, comment ?

novembre 13, 2012 dans Non classé

[Ce billet est publié simultanément sur le blog Bibliobsession]

Nous avons eu l’occasion la semaine dernière de présenter avec Lionel Maurel le collectif SavoirsCom1 dont nous sommes les co-fondateurs, à l’Enssib, que nous remercions pour l’invitation. Il s’agissait d’une présentation de 2 heures à des étudiants en master « publication numérique ». Voici le support que nous avons utilisé, il nous semble important de le publier car il brosse les thématiques du Manifeste d’une manière imagée et synthétique et peut constituer un moyen précieux pour expliciter notre démarche. Nous espérons que ce document vous intéressera. N’hésitez pas à nous proposer des améliorations, à nous faire des remarques en commentaire.

Ouverture d’un Master Infocom sur les Biens communs numériques

mai 17, 2013 dans Formation

En 2013-2014, le Master Recherche en sciences de l’information et de la communication de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense consacrera l’un de ses axes à la question des Biens communs numériques.

Première formation universitaire à mettre en avant cette problématique, cette nouvelle filière, coordonnée par Louise Merzeau et Michel Arnaud, vise à donner une assise théorique et scientifique aux actions et discussions actuellement menées autour de la question des biens communs.

Elle fournira un cadre novateur aux jeunes chercheurs soucieux d’observer les pratiques, les dispositifs et les stratégies, mais aussi d’intervenir sur l’environnement informationnel de demain.

voie publique

L’axe de recherche s’organisera atour d’un webinaire où interviendront des spécialistes des questions touchant aux biens communs, au partage de l’information, à l’ouverture des données, à l’appropriation des biens culturels, aux modalités collaboratives de l’infomédiation et aux espaces communs de savoir et de mémoire.

Les étudiants prépareront les séances du webinaire dans des ateliers qui se dérouleront au 1er semestre de l’année universitaire, et prendront en charge l’animation et la documentation des séances au 2d semestre.

Outre ses interactions avec le collectif SavoirsCOM1, ce Master bénéficiera également d’un partenariat avec le Master Architecture de l’information dirigé par Jean-Michel Salaün à l’ENS de Lyon et le Master Métiers du Livre à Saint-Cloud.

 

 

Taxer la revente en ligne des livres d’occasion c’est porter atteinte aux droits fondamentaux du lecteur

mai 8, 2013 dans Annonce, Enclosures

Wallyg CC-BY-SA-NC Fickr

Wallyg CC-BY-SA-NC Fickr

Le député Hervé Gaymard vient de proposer dans une intervention écrite au Ministère de la Culture de taxer la revente en ligne de livres  d’occasion, et plus largement de produits culturels, au motif qu’elle représenterait un préjudice et une perte pour les titulaires de droits. Hervé Gaymard va même jusqu’à assimiler ces pratiques à une forme de piratage .

Si l’idée d’une taxation de la revente d’occasion peut sembler intuitivement logique, elle n’en est pas moins erronée et dangereuse. Pourquoi ? L’acte d’achat du support physique d’un produit culturel (livres, CD, DVD, etc) a pour effet immédiat de voir s’épuiser certains droits de propriété intellectuelle qui s’y appliquent. Ce mécanisme a pour nom la doctrine de l’épuisement des droits.
Le document Éléments pour une réforme du droit d’auteur et des politiques culturelles liées  publié par la Quadrature du Net présente cette doctrine comme suit :
  • L’épuisement des droits est la doctrine juridique (dont l’équivalent anglo-saxon est la doctrine de la première vente) qui fait que lorsqu’on entre en possession d’une œuvre sur support, certains droits exclusifs qui portaient sur cette œuvre n’existent plus. Il devient possible de la prêter, donner, vendre, louer dans certains cas.

 

Un mécanisme essentiel pour la vie culturelle

 

Or ce mécanisme de l’épuisement, outre qu’il permet la libre circulation des biens sur le marché intérieur européen, constitue le socle de pratiques essentielles, que certains appellent les « droits fondamentaux du lecteur ». Le prêt ou l’échange de supports entre proches ; la constitution, la conservation et la transmission de collections entre générations ; des pratiques plus innovantes comme le book crossing  ou les Petites Bibliothèques de rue  : tous ces usages, importants pour la vie culturelle et l’appropriation des oeuvres, trouvent leur fondement dans l’épuisement des droits.
Au delà de la revente dont il est question dans l’intervention d’Hervé Gaymard, l’épuisement des droits est donc au fondement des dynamiques de circulation non-marchandes des œuvres fixées sur des supports. Taxer la revente ouvre la voie à une logique de compensation qui implique que la liberté des usages (y compris marchands) de biens acquis doit faire l’objet d’une compensation à destination de ceux qui les produisent. C’est la même logique qui est à l’œuvre lorsqu’il s’agit de compenser le prêt des livres effectué par les bibliothèques  au motif qu’ils constituent un manque à gagner pour l’industrie et les intermédiaires (et non pas les auteurs). Doit-on considérer que les usages de revente d’occasion sont « à compenser » pour une industrie qui a déjà touché des bénéfices sur une première vente ? Jusqu’où ira l’extension des droits au bénéfice des industriels et au détriment de la liberté des utilisateurs ? Peut-on raisonnablement assimiler toute forme d’usage à un préjudice, voire à du piratage ?

 

De l’environnement physique à l’environnement numérique

 

Toucher à l’épuisement des droits pour la revente d’occasion en instaurant une nouvelle forme de « droit de suite » reviendrait à enfoncer un premier coin dans la doctrine de l’épuisement des droits en la frappant dans l’environnement physique, alors que des débats importants existent pour l’étendre à l’environnement numérique.
La revente de logiciels d’occasion a été jugée conforme au droit européen par la Cour de Justice de l’Union Européenne par une importante décision rendue dans l’affaire UsedSoft. Aux Etats-Unis en revanche, le service de revente de fichiers musicaux d’occasion ReDigi n’a pu bénéficier de la doctrine de la première vente, mais l’affaire a été portée en appel. De son côté, la Cour Fédérale allemande de Bielefeld a interdit la revente de livres numériques d’occasion sans autorisation des ayants droits.
Ces hésitations de la jurisprudence sont compréhensibles, mais le résultat est de laisser le champ libre à des acteurs comme Amazon, Google ou Apple qui seront certainement les seuls à pouvoir organiser des systèmes de revente de fichiers sur la base de DRM et de modèles d’intégration verticale,  nuisibles à l’ensemble de l’écosystème culturel.
Dans le même temps, il apparaît que les droits fondamentaux des individus vis-à-vis des contenus culturels s’effritent peu à peu dans l’environnement numérique. La propriété pleine et entière des supports physiques se transforme en de simples droits d’usage, limités et réversibles, incompatibles avec l’individuation réelle de la culture.

 

S’appuyer sur l’épuisement des droits plutôt que l’affaiblir

 

Dans ce contexte, la proposition d’Hervé Gaymard est dangereuse car en écornant l’épuisement des droits, elle affaiblit l’une des pistes les plus intéressantes pour réequilibrer le système dans l’intérêt de tous les acteurs. Plutôt que de taxer la revente d’occasion, c’est vers la légalisation des échanges non marchands entre individus sur la base de l’épuisement des droits, couplée à la mise en place de financements mutualisés pour la création de type contribution créative que la réflexion devrait se tourner. Dans l’environnement virtuel, où les fichiers peuvent être dupliqués sans restriction, l’idée même de revente d’occasion n’a pas de sens, sinon celui de travestir le sens du partage légitime pour mieux l’évincer.
Pas de financement de la création au prix d’une remise en question des droits des individus ! Sortons de cette logique de la compensation d’un préjudice pour garantir les usages tout en cherchant de nouvelles formes innovantes de financement ! Agissons réellement sur les grands acteurs de l’Internet par le biais de la protection des données personnelles et d’une refonte juste de la fiscalité du numérique !

(Biens) communs : Contours et repères

mai 6, 2013 dans Annonce, Documentation, Les biens communs en action

En tant que collectif attaché à la défense et la promotion des biens communs, SavoirsCom1 relaie le texte Contours et repères écrit par le Réseau francophone des biens communs initié par l’association Vecam. Le Réseau francophone des biens communs est  par ailleurs à l’origine de l’événement Villes en Biens Communs auquel s’associe SavoirsCom1.

(Biens) Communs :  Contours et repères

Plus qu’un concept, les biens communs constituent un cadre de pensée pour l’action.

Les politiques économiques traditionnelles (néo-classiques, keynésienne…) restent impuissantes. Les citoyens ont perdu confiance dans les institutions politiques représentatives, les corps intermédiaires et les structures économiques comme les banques.

La planète secouée de crises – aux conséquences multiples économiques et sociales autant qu’écologiques… – ne peut se réduire à une lecture binaire : marché contre État. D’autres manières de penser le développement existent, des manières plus respectueuses à la fois des humains et de la planète, plus créatives que celles que nos structures représentatives historiques nous assignent, plus coopératives que compétitives. Ces nouvelles approches ouvrent un espace pour repenser simultanément la manière de gérer des ressources, marchandes ou non (ce qui constitue le cœur de l’économie), et de s’organiser, d’inventer de nouvelles règles pour faire face aux besoins de la société (ce qui constituent le cœur de la politique).

Faire société dans la situation actuelle passe, entre autres, par la promotion, la diversification et la défense des biens communs, ou communs.

Il ne peut pas y avoir de définition figée des biens communs, mais le partage d’un certain nombre de critères, ou de « poteaux d’angles », en reconfiguration permanente. Ceux-ci doivent permettre aux acteurs impliqués de se reconnaitre les uns les autres, indépendamment de leur diversité. Ces repères sont indispensables pour construire des alliances, des passerelles, répliquer les expériences les plus pertinentes, et gagner en visibilité par rapport aux approches traditionnelles de la politique et de l’économie.

Voici quelques uns des « poteaux d’angle » proposés :

  1. 1.       La ressource
  • Au cœur des communs, il y a une ressource, qui peut être matérielle (une rivière, un four à pain, une machine-outil, une semence) ou immatérielle (un savoir, un code génétique, un code logiciel, un morceau de musique). Le terme « ressource » ne peut être ramené à son acceptation marchande, une ressource peut ne pas avoir vocation ou ne pas disposer des caractéristiques nécessaires à sa mise sur le marché.
  • Certaines de ces ressources ont des caractéristiques propres aux biens que la théorie économique qualifie de « bien public » (à ne pas confondre avec bien géré par la puissance publique), à savoir des biens non rivaux (leur usage par une personne ne prive pas d’autres personnes de cet usage) et non excluables (il n’est pas possible d’empêcher une personne de faire usage de ce bien). Les ressources qui répondent à ces deux critères ont plus naturellement vocation à être partagées et gérés sur un mode non propriétaire, en commun. C’est le cas notamment des ressources immatérielles (partager un savoir ne prive pas son premier détenteur de celui-ci). Pour autant, ce n’est pas une condition nécessaire. Une rivière peut être gérée comme un commun alors qu’elle est certes un bien non excluable (en empêcher l’accès est très difficile voire impossible), par contre c’est un bien rival (l’usage de l’eau de la rivière se fait au détriment d’autres). Une rizière est à la fois rivale et excluable, pour autant, dans de nombreux pays d’Asie notamment, elles sont gérées en biens communs.
  • Ce qui va déterminer si ces biens sont des communs ou des biens marchands ou encore des biens du secteur public, c’est le régime d’accès, de partage, de circulation qu’une communauté va choisir de lui appliquer. Un four de village peut être un service public, géré par la mairie, un bien privé appartenant par exemple au minotier local, ou un commun dont les conditions d’accès et d’usage sont choisies par la communauté des habitants du village. Un commun n’est pas nécessairement en accès libre, son usage peut être réservé à une communauté, notamment pour les communs naturels.
  • Lorsqu’une ressource bascule d’un statut de commun à un statut de bien privé, on parle d’enclosure. Ce terme vient de l’époque ou les pâturages gérés en communs par des communautés paysannes anglaises ont été préemptées par des propriétaires terriens au 17ème siècle. Littéralement les champs étaient « enclos », l’accès n’était plus possible.
    Un morceau de musique numérisé est non rival, non excluable, ce qui incite à le traiter comme un bien non marchand à partager. En lui appliquant des dispositifs techniques de type DRM, on cherche à enclore le morceau et à éviter sa libre circulation.
  1. 2.       La « mise en commun » (commoning) et la gouvernance

La ressource seule n’est pas un commun. Pour qu’il y ait commun, il faut qu’il existe une communauté qui décide de s’auto-organiser pour placer cette ressource en bien commun, en gérer les conditions d’accès, et pour la protéger contre les différents risques qui la menacent. Outre les risques d’enclosure déjà mentionnés, certains membres de la communauté peuvent tenter d’abuser à leur profit de la ressource, certaines personnes extérieures à la communauté peuvent vouloir s’en servir sans y avoir droit (ce qu’on appelle un passager clandestin) etc. Certains communs peuvent avoir un régime de propriété collective de la ressource sans pour autant avoir su construire une communauté (ex : un logiciel qui respecte les 4 libertés du libre mais dont la gouvernance reste entre les mains d’une ou deux personnes).

L’élaboration de ces règles, leur défense (ce qu’on appelle la gouvernance), et toutes les actions individuelles et collectives des membres de la communauté qui contribuent à faire vivre, le cas échéant croître (comme dans le cas des savoirs d’une encyclopédie) la ressource, sont partie intégrante des communs.

La communauté peut être de taille totalement variable (d’une poignée de personnes à des centaines de milliers comme dans le cas de Wikipedia), encrée dans un territoire (comme les habitants vivant autour d’une même forêt) ou déterritorialisée (comme dans le cas des développeurs d’une communauté de logiciel libre).

La communauté peut être totalement horizontale, chaque membre participant de la même manière à la protection et au développement du commun, comme elle peut comporter un certain degré de délégation, qui peut se faire selon différents critères. Dans les communautés de logiciel libre, elle s’organise autour de critères méritocratiques. D’autres communautés choisiront des mécanismes de représentation élective, classiques en démocratie, ou encore de cooptation.

  • Les formes de la gouvernance sont très variables : la codification des règles peut être très aboutie, comme c’est le cas par exemple pour l’affouage en France qui depuis le 13ème siècle permet la collecte de bois dans les forêts en bien commun indivis. Elle peut être au contraire informelle, voire tacite. Lorsque les habitants d’un quartier soumis à de fortes chutes de neige au Canada, posent une chaise sur la place en rue qu’ils ont déneigée, marquant ainsi leur droit à garer leur véhicule à cet emplacement à leur retour, ils organisent tacitement la gestion de l’espace public que constitue la chaussée. Pour certains communs, notamment immatériels, des licences permettent de définir les régimes de droits qui leurs sont attachés et des les protéger contre des risques d’enclosure ou de captation de la valeur. Parmi les licences les plus connues, on peut citer par exemple : la GPL pour le logiciel libre, l’Odbl pour les données ouvertes, les Creative Commons pour les contenus…
  1. 3.       Faux amis, limites et porosités
  • Les communs et les biens communs recouvrent la même réalité

Les anglo-saxons emploient le terme de « communs » seul. Certains y voient un avantage par rapport au terme de « bien commun », car en se séparant du « bien », au cœur des modèles marchands, on évite de laisser planer une ambiguïté sur le fait que la ressource ait vocation à être commercialisée. Ceci explique qu’en français, de plus en plus on parle de « commun » tout court.

A noter qu’en France, on utilise également l’expression « Biens de section »,« biens sectionaux » ou « biens communaux » pour désigner en milieu rural des biens communs.

  • Les biens communs ne sont pas les biens publics.

Le terme « bien public » est particulièrement source de confusion.

-          En économie, un bien public ne signifie pas qu’il appartienne ou est nécessairement géré par une puissance publique. Il s’agit comme expliqué précédemment d’un bien doté de certaines caractéristiques particulières (non rival, non excluable). Longtemps, l’économie a considéré que l’air ou la biodiversité rentrait dans ces catégories, jusqu’à qu’on prenne en compte un certain nombre d’action de l’humanité dont les conséquences (ce qu’on appelle les externalités négatives) nuisent à ces ressources, faisant tomber de fait le caractère non rival : un océan qui a été pollué par des déchets pétroliers n’est plus accessible aux mêmes conditions pour d’autres personnes.

-          Les institutions internationales et certains milieux académiques ont cherché depuis le début des années 2000 à promouvoir la notion de biens publics mondiaux, pour désigner des ressources qui concernent l’ensemble des habitants de la planète comme la situation climatique, la biodiversité… Cette approche, loin d’aider à donner à ces ressources un véritable statut de « commun », géré par une communauté mondiale, a conduit à les faire glisser vers un statut de marchandise, de manière à utiliser les mécanismes du marché pour tenter d’en réguler l’usage. C’est ainsi qu’ont été mis en place les marchés du carbone et des ressources génétiques.

  • Les biens communs ne sont ni le domaine public, ni un « res nullius »

Lorsque le droit exclusif temporaire accordé via le droit d’auteur pour une œuvre ou via le brevet pour une innovation arrive à son terme, ces dernières montent dans le domaine public. Ceci implique que tout un chacun peut librement accéder, réutiliser ces créations (à l’exception notable du droit moral dans le cas du droit d’auteur européen qui perdure sans limite de temps). Si ce domaine public a ses vertus et mérite d’être protégé et enrichi, contre les tendances actuelles à rallonger les droits de monopoles associés à la propriété intellectuelle, il ne peut être considéré comme un équivalent des communs.

En effet, les communs voient leur accès régulé, alors que les ressources du domaine public ne font l’objet d’aucune protection.

Certains acteurs tentent d’affirmer que les Communs sont une « res nullius », c’est-à-dire une chose à laquelle aucun droit n’est attaché, de manière à pouvoir puiser dans ces ressources sans entrave. C’est le cas des semenciers qui affirment que les ressources génétiques de toutes les semences du monde constituent un « bien commun de l’humanité » pour s’autoriser à y puiser librement, au mépris des droits des communautés à l’origine de ces ressources (biopiraterie).

  • Les biens communs ou communs ne sont pas LE bien commun

Le bien commun, au singulier, peut être considéré comme l’objectif d’une société, en termes de bonheur collectif, d’intérêt général.

Il existe de multiples manières de contribuer au bien commun, LES (biens) communs pouvant être un des apports, mais certainement pas le seul. Le service public ou le marché peuvent également contribuer à l’intérêt général.

Certaines questions de société (comme la justice ou les droits fondamentaux), qui n’impliquent aucune gestion de ressource, doivent faire l’objet d’une négociation collective à l’échelle d’une communauté ou d’un Etat-nation par exemple, mais ceci n’a rien à voir avec LES communs.

  • La sphère des communs ne s’oppose pas à l’existence du marché et de la puissance publique, les trois sphères se complètent et parfois se croisent

Toute ressource n’a pas vocation à être gérée comme un commun. Une communauté peut considérer en fonction des circonstances qu’à un moment donné une ressource sera gérée plus efficacement par le secteur public ou privé. Par exemple, la gestion de l’eau, qui avait été largement transférée au secteur privé au cours des dernières décennies pas de nombreuses municipalités, fait l’objet de mouvements en faveur d’une remunicipalisation dans différentes villes ou pays (Italie, Paris…). En revanche, peu de voix s’élèvent pour en faire un commun, géré par les habitants eux-mêmes. Ceci peut s’expliquer par différents facteurs (complexité des infrastructures d’acheminement et de distribution…).

La culture a historiquement été gérée par le secteur public (ex : rôle de mécénat royal ou de la noblesse, aujourd’hui financements étatiques) et privé (apparition des premiers éditeurs marchands au 19ème). Le numérique, en permettant aux œuvres d’être reproduites et de circuler avec un taux marginal tenant vers zéro, change leurs caractéristiques (elles sont désormais non rivales et non excluables), ce qui en fait des candidats pour une gestion en communs, sans en limiter l’accès. Pour autant, le financement de ces communs appelle des mécanismes de type « contribution créative », mécanismes qui auront besoin de s’appuyer sur la puissance publique et ses outils de redistribution.

La puissance publique peut se révéler un allier des communs, grâce à des jurisprudences ou des réglementations qui vont non seulement en reconnaître l’existence mais également les protéger. Ainsi les règles des affouages en France sont-elles reprises dans la loi de 2010 dite de Grenelle 2. Plusieurs jurisprudences sont venues dans différents pays européens reconnaître la légitimité des règles élaborées par les communautés du logiciel libre.

Le secteur privé peut se révéler un redoutable adversaire du passage d’une ressource d’un statut de bien marchand à un statut de commun, en particulier lorsque ce secteur se sent fragilisé et n’arrive pas à concevoir les alternatives de son modèle économique, comme on l’observe dans le secteur de l’industrie culturel qui adopte des attitudes défensives.

Mais à l’inverse, le secteur privé peut constituer un allié des communs, notamment quand il reconnait les externalités positives dont il peut bénéficier en les soutenant. Ainsi Google est-il, avec quelques autres entreprises, un financeur de Wikipedia, qui pour le reste fonctionne grâce aux dons des internautes.

  • Un commun n’est pas incompatible avec une activité marchande

La ressource qui est placée en commun ne peut en principe faire l’objet de droits exclusifs, ne peut être commercialisée. En revanche la communauté peut avoir des activités marchandes qui lui permettront entre autres de dégager les ressources qui lui permettront de financer le maintien ou le développement du commun. Par exemple un éditeur de logiciel libre (logiciel pour lequel on a choisi un régime de bien commun) fournit souvent un accès gratuit à son logiciel (contrairement au logiciel propriétaire qui vend des licences) ; en revanche il peut vendre le support matériel du logiciel, le service de formation ou de personnalisation du logiciel etc.

Les communautés paysannes qui choisissent de croiser leurs semences entre eux pour améliorer les espèces, contribuent au commun de la connaissance semencière paysanne, ce qui ne les empêche pas par ailleurs, de vendre les produits de leurs récoltes.

Ce point fait l’objet de nombreuses controverses. Certains pensent qu’une même ressource peut faire l’objet de certains droits d’usage libre, dans une logique de contribution aux communs, tout en autorisant la commercialisation de la même ressource.

  • Les communs peuvent croiser le secteur de l’économie sociale et solidaire, mais l’un ne recouvre pas l’autre et inversement.

Les acteurs de l’économie social et solidaire ont de longue date proposé des alternatives aux approches capitalistiques classiques : soit en se positionnant hors de la finalité marchande (associations, fondations), soit en poursuivant une activité économique tout en accordant le pouvoir non pas aux actionnaires mais aux salariés (coopératives) ou aux sociétaires (mutuelles).

L’association peut constituer un des modes de gouvernance d’une ressource placée en bien commun. Par exemple une association peut gérer les espaces publics urbains convertis par les habitants du quartier en jardins potagers collectifs.

Une coopérative peut être la réponse pour gérer les activités marchandes d’une communauté qui par ailleurs promeut un commun. Par exemple, en imaginant que ces jardins potagers produisent suffisamment pour générer une vente lucrative, les « jardiniers » auront peut-être intérêt à se mettre en SCOP.