Appel de l’APRIL pour l’interopérabilité dans l’Éducation nationale

novembre 14, 2014 dans Annonce, Les biens communs en action par SavoirsCom1

Nous relayons l’appel de l’APRIL en faveur des formats ouverts dans l’Education nationale :

Dans le cadre de nos missions nous sommes amenés à partager des documents, les utiliser, les modifier et les diffuser. Or, ceci est impensable sans interopérabilité, c’est-à-dire sans la possibilité pour tous d’utiliser un document sans aucun asservissement à un logiciel ou à un fournisseur spécifique.

Les seuls formats de documents acceptables au sein de l’Éducation nationale doivent par conséquent être des formats ouverts. Ceux-ci permettent de :

  • garantir l’interopérabilité des fichiers et des données (quel que soit le logiciel ou le système utilisés) ;
  • favoriser le partage des ressources entre les différents acteurs (enseignants, élèves, parents, administratifs, …) ;
  • assurer la pérennité des ressources et l’égalité d’accès.

logo

 

Cet appel s’inscrit dans l’esprit de notre manifeste :

Placer les politiques publiques sous le signe des communs signifie garantir l’interopérabilité, la lisibilité, l’appropriabilité et la citabilité des communs de la connaissance.

 

Lire et signer l’appel : http://formatsouverts.education/

Les Creative Commons seront implémentées dans HAL version 3 !

juin 23, 2014 dans Annonce, Débats, Documentation, Les biens communs en action par SavoirsCom1

Mise à jour du 25/06/2014. Suite à la publication de cet article,  le CCSD apporte en commentaire le rectificatif suivant : « la recherche dans le texte intégral de tous les pdf déposés dans HAL sera bien proposée dans la v3 : elle sera possible via l’interface de recherche ainsi que via l’API. Sauf bien sûr pour les documents sous embargo ». Nous nous étions fondés sur une information erronée et nous aurions dû la vérifier. En tout cas, c’est une excellente nouvelle !

 

C’est officiel : les licences Creative Commons seront implémentées dans la version 3 de l’archive ouverte pluridisciplianire HAL, qui devrait être mise en production à compter d’octobre 2014. Pour les fichiers auteur, les déposants auront la possibilité d’apposer l’une des 6 licences Creative Commons de leur choix.

En revanche, le déposant n’aura pas la possibilité de choisir la licence lorsqu’il déposera un fichier éditeur, pour la raison que l’auteur est dans ce cas lié par les termes de la licence signée avec la maison d’édition. Il faut que le contrat d’édition signé par l’auteur mentionne explicitement la possibilité d’utiliser une licence Creative Commons pour qu’il soit en mesure de le faire. Des modèles d’addendum aux contrats existent pour faciliter la négociation avec les éditeurs.

HALv3

En tout état de cause, l’implémentation des CC dans HAL constitue une avancée importante pour les archives ouvertes françaises, que le collectif SavoirsCom1 tient à saluer. Jusqu’à présent, les auteurs étaient contraints de « bricoler » pour être en mesure de placer leurs travaux sous Creative Commons dans HAL et les métadonnées de la plateforme n’intégraient pas de manière satisfaisante les conditions de réutilisation des articles.

Néanmoins, cette évolution vient tard , plus de 12 ans après la Déclaration de Budapest sur l’accès ouvert qui faisait à l’époque un lien direct entre Open Access et usage de licences libres :

Par « accès libre » à cette littérature, nous entendons sa mise à disposition gratuite sur l’Internet public, permettant à tout un chacun de lire, télécharger, copier, transmettre, imprimer, chercher ou faire un lien vers le texte intégral de ces articles, les disséquer pour les indexer, s’en servir de données pour un logiciel, ou s’en servir à toute autre fin légale, sans barrière financière, légale ou technique autre que celles indissociables de l’accès et l’utilisation d’Internet. La seule contrainte sur la reproduction et la distribution, et le seul rôle du copyright dans ce domaine devrait être de garantir aux auteurs un contrôle sur l’intégrité de leurs travaux et le droit à être correctement reconnus et cités.

Comme, en France ou ailleurs, ce point précis de la Déclaration de Budapest est resté longtemps non suivi d’effets, le paysage contemporain des archives ouvertes présente une situation paradoxale : l’usage des licences Creative Commons est bien moins fréquent du côté de la « Voie verte » des archives ouvertes, que du côté de la « Voie dorée », c’est-à-dire du modèle controversé auteur/payeur, proposé par de grands éditeurs comme Springer et Elsevier.

L’intégration des licences Creative Commons dans la plateforme HAL permettra de stimuler l’adoption des licences libres pour la diffusion des résultats de la recherche. Néanmoins, un résultat significatif ne pourra être atteint que si des évolutions législatives interviennent pour permettre aux auteurs de déposer systématiquement leurs articles en archives ouvertes, quelles que soient les clauses des contrats d’édition signés avec les éditeurs, comme la loi allemande le prévoit pour les travaux de recherche financés sur fonds publics. Un tel système d’Open Access par défaut devrait être accompagné de la possibilité – voire de l’obligation – pour les chercheurs de placer leurs travaux sous licence libre.

Parmi les autres nouveautés qui seront proposées dans HAL v3, figurent également de nouvelles API bien documentées.
Cependant, la possibilité de faire une recherche sur le texte intégral des articles n’est pas proposée, faute d’accord avec les éditeurs. Soit que les licences les interdisent expressément, soit que les éditeurs, tels Elsevier, bloquent par des clauses contractuelles, la fouille de données à partir d’API autres que celles qu’ils mettent à disposition des chercheurs. Or ce type d’API imposé par les éditeurs est bien souvent accompagné de restrictions d’usage : limitation dans le temps du nombre de requêtes, limitation du nombre de caractères par citation, déclaration préalable des chercheurs de leur projet de recherche, etc.

Le collectif SavoirsCom1 rappelle à ce propos son soutien à une exception au droit d’auteur en faveur du Text & Data Mining. Le droit de lire devrait entraîner le droit d’extraire et une archive ouverte comme HAL constitue un corpus particulièrement intéressant pour la fouille de données. L’extraction automatisée porte sur des idées et non des expressions originales et s’inscrit, à ce titre, dans le domaine public de l’information.

Pour se faire une idée de l’ensemble des nouveautés apportées par la v3 de HAL, vous pouvez vous reporter à ce Storify réalisé par @freddie2310 

 

Notre analyse du projet de loi sur les oeuvres orphelines

juin 20, 2014 dans Les biens communs en action par SavoirsCom1

DenneryCormon2Orphans

A. D’Ennery & Cormon, Les Deux Orphelines. Paris: Tresse, Éditeur, Eugène Fasquelle, Éditeur, 11, rue de Grenelle, 11, 1875. | …
(618 × 950 (123 Kio)) – 6 avril 2012 à 08:27

Notre collectif a été auditionné par le CSPLA dans le cadre de l’élaboration du texte législatif visant à transposer la directive 2012/28/UE du Parlement européen et du Conseil du 25 octobre 2012 sur certaines utilisations autorisées des œuvres orphelines Nous avons reçu l’avant projet de loi et les avant-projets de décret et d’arrêté d’application de ce texte législatif, qui ont également été publiés par Next INpact.

Voici notre analyse vous pouvez télécharger ici amendements svc1 orphelines

Points positifs :
Les usages prévus comportent bien la mise en ligne sur Internet, sans  restriction de type DRM ou contrôle d’accès. La loi dit exactement :  « Mettre à la disposition du public une œuvre orpheline de manière que chacun puisse y avoir accès de sa propre initiative ». Cette formulation implique la  mise en ligne à notre sens sans mesure de protection technique. Mais afin de clarifier ce point dans le texte SavoirsCom1 a proposé un amendement pour lever toute ambiguïté.
Les titulaires de droits qui réapparaissent peuvent bien autoriser  s’ils le souhaitent, l’utilisation de l’oeuvre par institution culturelle.
- Alors que la directive écarte de son champ d’application les photos et images fixes, la loi les inclut « à  l’exception des photos et images fixes qui existent de manière  indépendante ». Cela signifie par exemple qu’un tableau servant  d’illustration dans un livre ne serait pas couvert, mais une image  produite spécifiquement pour un livre pourrait l’être. Il était difficile d’aller plus loin puisque le  verrou est dans la directive. Mais en l’état la formulation devrait être précisée, car elle paraît difficile à appliquer.
- Le dispositif de la directive n’est pas  neutralisé par la loi sur les livres indisponibles. Les deux voies vont  co-exister. Une bibliothèque peut soit faire la démarche  d’établir qu’un livre est orphelin et ensuite numériser et mettre en  ligne, en assumant le fait de devoir payer si le titulaire réapparaît.  Soit elle attend 10 ans et elle peut demander une autorisation à la  SOFIA pour une mise en ligne seulement sur extranet, mais sans avoir à  payer si le titulaire se manifeste. L’exception votée au niveau européen  n’est pas neutralisée par la gestion collective française. En l’état SavoirsCom1 trouve que cette coexistence est positive, même si un déséquilibre trop fort existe entre les deux dispositifs (voir ci-dessous).
- Quand on ne peut déterminer la date de décès des  auteurs, alors le régime des oeuvres anonymes s’applique, c’est-à-dire que la durée des droits sera seulement de 70 ans après la publication au lieu de 70  ans après la mort de l’auteurt. Le collectif avait suggéré au CSPLA ce mécanisme et se félicite de voir cette proposition retenue dans le texte.
- Le résultat des recherches diligentes est mutualisé au niveau  européen, par le biais d’une base de données tenue par l’Office européen de  l’harmonisation du marché intérieur. Quand une œuvre a déjà été établie comme orpheline, les institutions culturelles n’ont pas à refaire les  recherches.
- Les titulaires de droits pour se retirer doivent remplir des  formalités qui ressemblent à celles du registre ReLIRE : produire une pièce identité  pour l’auteur, mais un acte de notoriété pour les descendants. Les  éditeurs par contre doivent prouver qu’ils détiennent bien les droits sur l’oeuvre et  en ce qui concerne les droits numériques, il leur faudra produire un contrat d’édition mentionnant clairement les droits numériques.
- La réutilisation de l’oeuvre est autorisée, si l’œuvre est partiellement orpheline et que les ayants droits des parties non orphelines l’autorisent (l’article L 135-5) : le projet de texte retient la définition française de l’orpheline, et non la définition européenne, plus restrictive.
Points négatifs :
En cas de réapparition d’un titulaire de droits, il a droit à une « une  compensation équitable du préjudice que celui-ci a subi du fait de cette utilisation. « Cette compensation tient compte, lorsqu’ils existent, des accords ou tarifs en vigueur dans les secteurs professionnels concernés. » La négociation se fait entièrement entre ce titulaire et  l’établissement culturel. L’usage gratuit en ligne est vu comme un  préjudice à compenser. Les tarifs peuvent être encadrés par des sociétés de gestion collective, qui seront les seules à les établir. Nous regrettons que l’élaboration de ces tarifs ne puisse pas être partagée avec les représentants des publics et nous appelons à la plus grande prudence sur les montant retenus qui sont susceptible de vider de son sens l’ensemble du dispositif s’ils venaient à être dissuasifs pour les établissements culturels. Si un  conflit existe entre l’établissement et le titulaire sur le montant,  l’établissement ne peut que proposer une conciliation.
Plus largement, nous regrettons que la logique de la compensation figure dans le texte. Elle relève d’une conception maximaliste du droit d’auteur selon laquelle tout accès en ligne gratuit est un préjudice pour l’auteur et ou ses ayant-droits. A rebours de cette conception, il faut considérer que c’est le dispositif mis en œuvre au niveau européen qui est une occasion (inespérée) pour des auteurs ou des ayant-droits d’avoir à leur disposition des contenus numérisés par la puissance publique au nom de l’intérêt public pour lesquels ils peuvent recouvrer des droits. Il n’y a donc pas de préjudice mais au contraire un effort considérable consenti par les Etats via les services publics d’accès à la connaissance que sont les bibliothèques et établissements culturels. L’idée d’une exploitation commerciale ou même d’une simple exploitation comprise comme un préjudice devant être compensé va à l’encontre des missions des organismes culturels rappelés dans les considérants de la directive.
L’économie générale du texte du fait des contraintes pesant sur les bénéficiaires, entre en contradiction avec la volonté du projet de transposition de ménager de manière équitable deux voies : RELIRE et l’application de la directive. Si les deux voies sont réellement placées sur un pied d’égalité, les freins ne doivent pas être plus importants pour une voie que pour l’autre.
- les recherches diligentes restent lourdes à effectuer. C’est le gros défaut de ce texte. L’arrêté qui précise les sources à consulter ne fait que reprendre le texte de la directive, sans apporter de précisions quant aux sources à consulter. Cette charge repose  entièrement sur les établissements qui doivent consulter toutes ces  sources et établir un dossier prouvant la consultation. Le caractère indéfini des sources de recherche mentionné au décret 135-1 : « Les recherches doivent en outre être effectuées auprès  des sources similaires existant dans des Etats n’appartenant pas à  l’Union européenne lorsqu’il résulte de celles effectuées en application  des alinéas précédents que des informations pertinentes sur les  titulaires de droits sont susceptibles d’y être disponibles »  constitue une insécurité juridique très grande pour les établissements, là encore susceptible de vider de son sens l’intérêt d’entrer dans le dispositif au niveau des établissements concernés. Rien ne garantit en outre la gratuité de ces recherche pour les établissements publics, ni de la base européenne qui répertorie les oeuvres orphelines. SavoirsCom1 a proposé des amendements pour remédier à cette situation, notamment pour exiger que la consultation des sources listées soit gratuite pour les organismes bénéficiaires à but non lucratif.
- Nous regrettons que la mise en place d’un tiers de confiance pour valider juridiquement ces recherches n’ait pas été retenue.
- Par ailleurs, à l’heure où le Sénat vient de remettre un rapport ambitieux et imparfait sur l’ouverture des données publiques, nous regrettons que rien dans le projet ne mentionne l’ouverture des métadonnées de la base européenne mentionnée dans le texte ni celle des bases des société de gestion des droits. SavoirsCom1 a proposé un amendement pour résoudre ce problème.
- La mention figurant à l’article L. 135-6 2° « Reproduire cette œuvre à des fins de numérisation, de mise à disposition, d’indexation, de catalogage, de préservation ou de restauration. » nous semble ambivalente, car s’il est nécessaire de pouvoir indexer et de développer des usages de text et data mining, il n’est pas nécessaire normalement d’une autorisation légale pour procéder à des opérations comme le catalogage des oeuvres.  Une telle mention étendrait de facto les actes soumis à l’emprise du droit d’auteur dans une conception particulièrement maximaliste.
- Enfin SavoirsCom1 regrette qu’à l’heure où tous les rapports et les politiques menées par ETATLAB vont dans le sens d’une suppression des redevances pour l’accès aux données, cette logique soit mentionnée dans le texte :   « Lorsqu’un organisme bénéficiaire met à la charge des usagers une participation financière, le montant de celle-ci ne peut excéder celui des frais de numérisation et de mise à disposition de l’œuvre orpheline. » SavoirsCom1 demande que les coûts ne portent que sur les services et ne soient en aucun cas des redevances pour l’accès aux données.

Les communs : culture de la participation et culture numérique. Vers une littératie des communs ?

mai 27, 2014 dans Formation, Les biens communs en action par Hélène Mulot

Cet article est publié simultanément sur le site Doc Pour Docs et sur le site du collectif SavoirsCom1

Ce Billet s’inscrit dans l’axe 4 du manifeste du collectif :

« 4. Les ressources éducatives libres sont autant de biens communs informationnels dont il faut encourager le développement. Il s’agit de données, de métadonnées, de savoirs, mais aussi de savoir-faire, et de savoir-être. La création, la mise en circulation de l’information doivent être pleinement intégrés dans les cursus scolaires et universitaires et dans les formations tout au long de la vie. Il s’agit là d’enjeux forts favorisant la citoyenneté et des apprentissages en réseaux, socles de l’existence des biens communs. »

Ces dernières années  ont vu l’émergence du concept de biens communs dans l’éducation et notamment auprès des professeurs documentalistes. Ce billet est donc l’occasion de faire un état des lieux (non exhaustif) de ce que sont les communs dans l’enseignement et comment les prendre en compte.

Public Domain CC0- geralt- http://pixabay.com/fr/arbre-structure-r%C3%A9seaux-internet-200795/

Public Domain CC0- geralt- http://pixabay.com/fr/arbre-structure-r%C3%A9seaux-internet-200795/

Brigitte Pierrat, Chargée de veille chez Ministère de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, cite les biens communs parmi les 4 concepts émergents en éducation : «  nomades, mooc, biens communs, datas » (à partir de diapo 19)

La lettre TicEdu documentation 40 sur Eduscol  consacre pour la première fois en mai 2014 une partie sur « Droits d’auteur, biens communs et ressources éducatives » – renvoyant à  deux vidéos d’une intervention d’Hervé Le Crosnier, maître de conférence en informatique à l’université de Caen- sont mises en ligne sur le site de l’académie de Rouen. »

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet intérêt pour les communs :

-          La viralité de la diffusion : avec les technologies numériques,  connaissances, savoirs, ressources se diffusent, se copient rapidement.

-          La non rivalité de ces ressources entre elles (j’aime beaucoup cette image très parlante : si j’ai une pomme et que je te la donne, je ne l’ai plus, mais si je te donne une information, un savoir, nous serons deux à l’avoir).

-          Les questionnements autour de pratiques  telles que le copié-collé.

-          Le développement des activités de curation, d’agrégation sur des plateformes telles que Scoop.it.

Conscients des enjeux qui y sont liés,  les professeurs documentalistes se forment donc :

** L’ARDEP Midi-Pyrénées (Association Régionale des Documentalistes et professeurs documentalistes de l’Enseignement Privé)  a proposé à ses adhérents une formation avec  Bastien Guerry en octobre 2013 lors de l’opération « Villes en biens Communs » : « Des ressources libres pour l’éducation : lesquelles et pourquoi ? ».

** A Rouen, lors de la journée académique des professeurs documentalistes de décembre 2013 la question « En quoi les communs de la connaissance modifient  l’enseignement en information-documentation ? » a été abordée dans un premier temps avec une intervention d’Hervé Le Crosnier puis sous la forme d’une table ronde avec Gildas Dimier qui a parlé Copy Party, Hélène Mulot sur les notions enseignées à travers l’enseignement des communs : Copier-créer-partager : enseigner les communs et Marion Carbillet  avec une réflexion sur l’utilisation des données des archives de Toulouse dans le cadre des commémorations de la Première Guerre Mondiale Partage et création numérique : exemple du projet tarnais : du patrimoine local à une réalité augmentée.

** A Rouen encore, une  journée académique a été proposée  aux collègues en février 2014, qui a permis de préciser le vocabulaire des communs et proposé des ateliers parmi lesquels : « Concevoir une formation pour des élèves sur le thème des biens communs ».

I-                  Comment définir les communs dans l’enseignement ?

Les  communs sont des ressources gérées collectivement  par une communauté. La communauté s’organise pour gérer et protéger cette ressource. Ces dangers sont de deux sortes : des enclosures et des usages abusifs de cette ressource.
La ressource peut être matérielle ou immatérielle. Dans l’enseignement, nous parlons plus particulièrement des communs de la connaissance, en particulier numériques.

1-      Quelles ressources sont des « communs » de l’enseignement ?

** Les ressources produites par les enseignants et partagées sous des licences Créative Commons (les blogs de certains professeurs documentalistes par exemple),

** Les ressources éducatives libres (REL),

** Les ressources produites par les élèves,

** Les data libres (données des élèves ou des enseignants),

** Les productions institutionnelles et culturelles libérées par :

-          Des bibliothèques : Gallica, Européana ;

-          Des centres d’archives **Entretien avec Jordi Navarro, archiviste : biens communs de la connaissance, archives et enseignement ;

-          Des musées  (avec des opérations comme Muséomix).

2-      Quelles communautés peut-on identifier ?

** Les communautés des enseignants, et en particulier de professeurs documentalistes qui se sont développées en ligne autour

-          de l’autoformation (exemple des MOOC comme celui de Besançon MOOCdocTICE dont on peut lire le bilan ici) ;

-          du partage et de la mutualisation (comme le site Doc pour docs qui s’inscrit dans le Move Commons) ;

-          de la production de contenus tels que les ressources éducatives libres ;

-          de besoins spécifiques et/ou locaux.

** Les communautés des élèves, souvent moins formalisées, qui peuvent se créer dans le cadre d’une classe, autour d’un projet d’établissement ou de centres d’intérêt (dans un club lecture par exemple).

** Les communautés d’intérêt comme celle de documentalistes  Doc@Brest, communauté dépassant le cadre du seul milieu enseignant.

3-      Quels modes de gestion et de gouvernance peuvent être proposés ?

A travers ces modes de gestion, il s’agit à la fois de préserver les ressources comme des communs mais aussi de les accroître.

** Le droit d’auteur peut se penser autour des licences Creatives Commons avec un partage à l’identique (c’est-à-dire sous les mêmes conditions de licence) et autour du domaine public (La licence CC0 – Creative Commons Zéro – permet de contribuer au domaine public puisque l’auteur abandonne ses droits).

** L’éditorialisation des ressources qui doit à la fois prendre en compte les besoins de la communauté (choix de ressources pertinentes) et proposer une plus-value sur le contenu (avec des annotations, des commentaires par exemple).

** Le stockage des ressources sur des plateformes ouvertes avec une attention portée à l’interopérabilité des outils (par exemple, il est impossible d’épingler une image issue de Facebook sur Pinterest, aussi libre de droit soit elle).

** L’attention portée aux enclosures éventuelles : captation des ressources par des sociétés privées par exemple (Avec les élèves on peut évoquer l’exemple de Facebook et les droits des images).

II-               Quelles formations peut-on proposer autour des communs ?

Le rapport  Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion » du Conseil National du Numérique coordonné par Valérie Peugeot , propose de « Faire de la littératie pour tous le socle d’une société inclusive »

1.      Former massivement à la littératie numérique de l’enfance à l’âge avancé

2.      Former au numérique les publics exclus (précaires, migrants, sans papier, détenus, etc.)

3.      Former les enseignants, les formateurs professionnels et les travailleurs sociaux

4.      Constituer des référentiels communs de littératie numérique.

 

Je vous invite en particulier à lire les pages 21-22 de ce rapport où il est question de littératie numérique.
Pour moi ces 2 pages justifient à elles seules toutes les réflexions de ces derniers mois et les parcours de culture numérique ou translittératie qui fleurissent
ici ou dans nos établissements.

Pour les professeurs documentalistes il s’agirait donc de produire  des biens communs de la connaissance (images, textes, son, vidéos,  ou données) avec les élèves en utilisant des outils comme wiki, réseaux sociaux, logiciels libres…dans le respect du droit d’auteur et de ses usages élargis.

1- La formation au droit et à la notion d’auteur

·         La copy party au CDI et  Les licences libres

Lors d’une copy partie, les participants peuvent  copier pour leur usage privé n’importe quel document de la bibliothèque ou du CDI, s’appuyant pour cela sur sur l’article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle. Plusieurs  copy parties ont été organisées dans plusieurs établissements scolaires :

En lycée : copy partie Dont Doc pour Doc c’était fait l’écho ;

En Collège

·         L’autoritativité et la cartographie des sources

Cartographier les sources d’information,  « c’est demander aux élèves de présenter les sites trouvés lors d’une recherche d’information sous la forme d’une carte présentant une typologie des sites. Il s’agit d’utiliser la méthode de la carte mentale pour amener les élèves à se poser cette question, après la collecte d’information : « Qui parle sur ce sujet ? ».

2- La formation à la culture de l’information : la copie et le document de collecte

Certaines académies (comme Nancy) ont fait du copier-coller un axe de leur politique documentaire : avec l’intervention d’Anne Cordier (Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication – Université de Rouen Laboratoire GRHIS),  «Face  au  copié‐collé,  d’une  identité  d’emprunt  à  une  identité  construite »  .

Silvère Mercier (bibliothécaire engagé pour le développement des biens communs de la connaissance », auteur du blog Bibiobsession , co-fondateur de savoirsCom1)  donne des perspectives intéressantes avec l’utilisation de Citamap pour rendre compte de ses lectures : quel lien entre la copie de citations  et les biens communs de la connaissance ?

3- La formation à la publication

Cela peut passer par :

**L’écriture collaborative (plusieurs séances ).

** De nouvelles formes de production : « revoir les restitutions académiques attendues » dit Anne Cordier. Plutôt que d’exiger une biographie de Molière – alors que l’on sait qu’ils vont aller sur le premier site référencé sur Google, et nous rendre tous la même copie ! –, on peut demander aux élèves d’inventer une interview fictive de Molière. V@l  du blog Didacdoc parle d’un » copier-coller-créer » (exemples de séances ).

** La publication en ligne des travaux d’élèves : à la fois pour une mise en valeur et une valorisation de ces productions  et pour un partage des connaissances (un blog ou un site réalisé par les élèves).

4- La présence en ligne (gérer ses données)

(Re)Lire ici le billet http://www.docpourdocs.fr/spip.php?article457

5- La culture numérique

La loi pour la Refondation de l’Ecole de la République de juillet 2013 qui  précise qu’il est aujourd’hui  » impératif de former les  élèves à la maîtrise, avec un esprit critique, de ces outils qu’ils  utilisent chaque jour dans leurs études et leurs loisirs et de permettre aux futurs citoyens de trouver leur place dans une société dont  l’environnement technologique est amené à évoluer de plus en plus  rapidement.  »

On peut ainsi s’appuyer sur 3 points d’appui :

- la compréhension de son environnement numérique

- la critique des outils et de leurs usages

- la participation par la création de contenus en ligne.

Des exemples avec :

-          ce bilan d’une année d’expérimentation de Marion Carbillet  ;

-          ce blog des élèves du collège de la Chaussonnière  créé dans le cadre d’un « parcours numérique »  avec Frédérique Yvetot ;

-          cette expérimentation du  projet d’initiation à la culture numérique en Seconde.

6- Culture de la participation et de la contribution

Il s’agit ici de la  formation au  partage et à la co-création.

*  A travers des exemples de séances très simples nous pouvons passer d’une culture de l’information à une culture de la contribution en amenant nos élèves à devenir des lecteurs « experts », qui s’approprient des informations en devenant eux-mêmes auteurs et en partageant leurs contenus (devenant des contributeurs).

* « Transformer une production locale et éphémère en production médiatique et durable » par Aline Bousquet. « Ce projet a permis aux élèves (binômes) de créer trois productions : une cartoline, un dialogue lu à voix haute, une chronique radio ».. . « La publication en ligne, quelle que soit sa forme (podcast, post de blog, page Web, diaporama en ligne, vidéos sur Youtube …) assure (en plus de multiples compétences liées à la translittératie) une pérennité et une visibilité au travail des élèves ». L’idée, ici de pouvoir faire écouter aux autres son propre travail, se situe bien dans une idée de partage.

* Des projets Eco-Ecole qui s’appuie sur les expériences des Incroyables Comestibles ou des grainothèques ou plus généralement toutes actions de développement durable, de solidarités et actions humanitaires menées dans nos établissements. Pour nous professeurs documentalistes, autant d’actions sur lesquelles s’appuyer pour permettre aux communs de prendre une place plus importantes dans nos écoles.

* Du côté des enseignants cette initiative très intéressante de collaboration entre enseignants :  « Proflab, le Fablab des profs, pour une intelligence collective de la pédagogie ».  « Le Proflab est un modèle de Fablab adapté au monde de l’éducation qui met en place une collaboration et une intelligence collective dans un monde où l’on a plus l’habitude de travailler les uns à côté des autres plutôt que les uns avec les autres. Bienveillance, coopération, convivialité et échanges. ». Cette idée de fab labs pourrait être déclinée comme le suggère Emmanuel Davidenkoff dans son ouvrage « Le tsunami numérique » : «on se prend à rêver que les lycées professionnels industriels ouvrent des fab labs et deviennent, localement, des pôles d’innovation réunissant univers de la formation, société civile et monde économique ».

 

III- Quelques ressources  pour aller plus loin 

Un scoop.it http://www.scoop.it/t/communs avec leTag « enseignement »

Une série de 6 webinaires proposés par l’Université Paris Ouest Nanterre-La Défense sur le thème des biens communs numériques au premier trimestre 2014.