Prêt Numérique en Bibliothèque : SavoirsCom1 répond aux arguments du Ministère de la Culture

décembre 22, 2014 dans Débats par SavoirsCom1

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Images Money, CC BY 2.0

SavoirsCom1 et Actualitté ont publié conjointement une étude prospective à propos de Prêt Numérique en Bibliothèque. Cette étude montre que le modèle de vente à l’acte de fichiers chronodégradables est insoutenable pour les finances publiques des collectivités.

Notre collectif se mobilise contre cette offre non seulement parce qu’elle est inabordable, mais aussi parce qu’elle est incompatible avec le point 9 de notre Manifeste qui affirme que les politiques publiques qui vont dans le sens des communs doivent tendre à monétiser des services et non pas à enclore la connaissance.

Le journal L’Express a publié un article qui reprend nos chiffres et rend compte de la réaction du Ministère de la Culture et de la Communication.

Le Ministère s’y défend sur la faiblesse de l’offre que nous avons mise en évidence : « L’objectif à terme est de rassembler tous les éditeurs et toute l’offre disponible. Et sur ce point, les progrès sont manifestes, puisqu’on devrait avoir, dès le premier trimestre 2015, 60 000 titres disponibles », se défend le ministère. »

Voilà qui n’est en rien un argument, puisque le développement de l’offre rendra encore plus insoutenable un projet qui l’est déjà ! Rappelons que notre étude montre clairement que si les villes de plus de 100 000 habitants investissaient l’intégralité du budget moyen qu’elles consacrent aux ressources numériques (et donc pas seulement à l’achat de livres numériques), elles pourraient acheter à peine 20% de l’offre actuelle de PNB ! L’engrenage est clair : plus l’offre se développera dans ces conditions et moins les bibliothèques pourront satisfaire les besoins de leurs publics. On peut s’interroger sur les objectifs d’un tel projet à l’heure où la première préoccupation des exécutifs locaux est précisément la gestion de la pénurie budgétaire.

La solution du bouquet, que nous suggérons, devrait être soigneusement négociée, de préférence avec l’appui des pouvoirs publics. Il est pour le moins paradoxal de voir le Ministère de la Culture défendre un système reconnu par la principale association de bibliothécaires (l’ABF) comme fondamentalement déséquilibré en faveur des éditeurs. N’est-ce pas le rôle de ce Ministère, qui a fait de 2014 l’année des bibliothèques , de favoriser un accord équilibré?

Par rapport aux projections que nous avons proposées, l’Express rapporte: « Là encore, les attaques sont balayées par le ministère de la Culture, qui pointe du doigt le fait que les bibliothèques n’auraient aucun intérêt à numériser la globalité de leurs collections. Ni à proposer l’ensemble des nouveautés. Sous-entendu que le projet est avant tout une expérimentation « dans un environnement ou le modèle et la pratique de lecture sont encore naissants ».

Si PNB constituait réellement une expérimentation, il s’appuierait sur plusieurs modèles à tester, plutôt que d’en favoriser un seul. Par ailleurs, nous affirmons que la plupart des bibliothèques territoriales ont déjà élaboré des politiques documentaires pour acheter des livres imprimés permettant de trouver un équilibre entre l’offre et la demande pour les habitants d’un territoire. On voit mal, si à l’avenir la lecture numérique se développe, pourquoi elles seraient obligées d’avoir des critères différents alors que l’offre est homothétique du papier et que les besoins de la population sont les mêmes. Là encore, ce n’est pas une situation à court terme que notre étude souhaite mettre en évidence, mais bien le danger que représente à long terme un tel modèle !

Enfin, lorsque le Ministère indique qu’acheter toutes les nouveautés n’a pas de sens, il s’agit d’un contresens majeur sur l’étude que nous proposons. La projection proposée établit un rapport entre le budget consacré à l’achat de nouveautés imprimées et le même budget investi dans le numérique via PNB. En aucun cas nous n’avons préconisé l’achat de l’ensemble des nouveautés mais nous avons simplement cherché à évaluer ce que coûterait le maintien à jour d’un fonds de livres numériques ! Quant à la plateforme, le Ministère oublie de préciser que les éditeurs ont été largement soutenus par l’argent public du Centre National du Livre et que les collectivités doivent toujours financer elles-mêmes la brique logicielle permettant de connecter la plateforme PNB aux systèmes informatiques des bibliothèques.

Aux Etats-Unis, où le modèle d’accès au livre numérique est tout aussi détestable que celui proposé par PNB (DRM chronodégradables pour les usagers), le modèle d’achat est très hétérogène, ce qui pose de gros problèmes aux bibliothèques dans la gestion technique des accès et des offres. Ce billet de la série consacrée par l’ENSSIB au modèle américain de prêt numérique  le met en évidence : « l’enquête sur l’usage des ebooks dans les bibliothèques américaines de 2013 parue dans Library Journal , Survey of Ebook Usage in U.S. Public Libraries, [souligne que] la plupart des bibliothèques acquièrent des livres numériques en multipliant les points d’entrée : seulement 29% des bibliothèques utilisent un modèle d’achat unique. »

La France avec PNB a au moins le mérite d’avoir initié un mouvement dans lequel nous avons une chance d’avoir un modèle regroupant la plupart des éditeurs. Nous pensons qu’il est urgent de repenser ce modèle qui pourrait permettre un accès à la connaissance numérisée sous droit cohérent avec les missions du service public. A condition que ce modèle soit soutenable et respecteux des droits des lecteurs, et des auteurs.

Est-ce vraiment trop demander à ceux qui doivent défendre l’intérêt général ?

PNB ou le livre numérique inabordable pour les bibliothèques

décembre 16, 2014 dans Débats par SavoirsCom1

calculetteSavoirsCom1 s’est associé à Actualitté pour vous proposer une infographie sur les coûts du programme Prêt Numérique en Bibliothèque qui est présenté comme la principale offre de livres numériques aux bibliothèques des collectivités territoriales.

Notre collectif a déjà dénoncé ce projet qui impose des DRM aux lecteurs sous forme de fichier chronodégradables. Avec Actualitté, nous avons souhaité nous pencher sur la viabilité du modèle économique proposé, à l’heure où les collectivités voient leur budgets se réduire. Les résultats parlent d’eux-mêmes, vous trouverez l’infographie ci-dessous

La signature par le Ministère de la Culture et de la Communication et des représentants des bibliothèques et des collectivités territoriales d’une série de recommandations autour du livre numérique en bibliothèques nous semble être le moment de mettre en avant une faille majeure du styème proposé : son coût prohibitif.

Nous nous associons à Lionel Maurel, membre fondateur de notre collectif :

Les bibliothécaires ont une responsabilité collective dans la manière dont le livre numérique se déploiera dans nos établissements. En effet, c’est avec leurs budgets que les bibliothèques votent et qu’elles peuvent aussi façonner l’avenir. Cet accord a beau être non contraignant, il peut aussi être utilisé comme un étalon à l’aune duquel juger les offres qui sont faites aux bibliothèques. Si des licences proposées par les éditeurs ou les e-distributeurs ne sont pas conformes aux principes énoncés dans ce texte, les établissements ne devraient tout simplement pas y souscrire.

Le faire, c’est scier la branche sur laquelle les bibliothèques sont assises. A cet égard, il est clair que PNB constitue un enjeu majeur dans les mois à venir, car il constitue le canal par lequel on cherche à imposer un modèle unique aux bibliothèques. Plusieurs établissements, sous couvert « d’expérimentation », se sont déjà embarqués dans ce système qui, à mon sens, constitue un remède pire que le mal.

Rapport du CNNUM : l’école dans le monde numérique et des communs

octobre 6, 2014 dans Débats, Formation par SavoirsCom1

Le CNNum (Conseil national du numérique) a publié un rapport « Jules Ferry 3.0 : bâtir une école créative et juste dans un monde numérique ».
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Nous  avons parcouru les  recommandations et  nous relevons plusieurs points en adéquation avec nos valeurs et notre manifeste :

Recommandation 7 : Apprendre et permettre aux élèves de publier (au sens de rendre public sur le Web) et diffuser

– Encourager et systématiser les expériences de publication dans les établissements

notamment autour de sites Web, de blogs, de réseaux sociaux pérennes, d’ENT…

– Former les élèves à l’usage des licences ouvertes (de type Creative Commons) et aux

décisions éditoriales qu’elles impliquent (ré-utilisation, partage, circulation) et en regard à

réfléchir aux usages de documents sous régime de propriété exclusive.

Recommandation 8: Développer l’utilisation de ressources éducatives «en commun »

– Former les équipes pédagogiques, notamment dans le cadre des ESPE, mais aussi au titre de

la formation continue, à l’usage et l’enrichissement des biens communs de la connaissance.

– Inscrire dans la partie « ressources pédagogiques » de chaque ENT l’ensemble des espaces

contributifs en biens communs, des ressources éducatives libres et des outils associés, pour

qu’elles soient plus aisément à la disposition des équipes pédagogiques

Recommandations 13 : Ouvrir des espaces de travail collaboratifs

– Ouvrir un espace de travail collaboratif (coworking space) dans l’école, à usage interne et

externe

Recommandation 24 : Faire évoluer les établissements vers « l’open knowledge »

avec l’appui d’un tissu territorial physique et numérique

– Expérimenter des démarches numériques participatives pour la vie des établissements.

– Repenser la certification et l’évaluation pour y laisser une place aux apprentissages

numériques.

– Avoir une politique de contenus numériques régionaux de valorisation des savoirs des

territoires pour fédérer les compétences et les identités régionales.

Recommandation 31 : Mettre en place et développer l’usage de normes ouvertes et

interopérables sur les supports (tablettes, TNI…), les logiciels et les contenus

– La France doit devenir un pays leader dans l’élaboration et la diffusion de standards

internationaux comme EDUPUB issu des travaux d’IDPF (International Digital Publishing

Forum)

– Approfondir le RGI (référentiel général d’interopérabilité) pour prendre en compte

l’éducation nationale et encourager les normes ouvertes aussi bien en matière de supports

que de logiciels dédiés.

– Promouvoir les ressources éducatives libres en conditionnant les aides à la création de

ressources pédagogiques à leur diffusion sous licence creative commons.

– Privilégier les logiciels libres ou open source chaque fois qu’il existe une offre de qualité

équivalente à l’offre propriétaire

Recommandation 32 : Inscrire dans la formation initiale et continue des enseignants,

un enseignement dédié au réagencement et à l’autoproduction de contenus

associant

– la curation, c’est-à-dire à la sélection et à l’agrégation de sources, à l’annotation, aux usages

personnalisés des manuels existants comme des ressources externes

– l’usage de licences ouvertes permettant aux enseignants de réutiliser des contenus libres de

droits et de choisir la licence qui leur convient pour leurs propres productions

– l’apprentissage des outils d’édition de métadonnées et de vocabulaire spécifiques à la

communauté éducative

Recommandation 35 : Assouplir et élargir l’exception pédagogique

– établir un outil décrivant le champ général de l’exception pédagogique pour accompagner

les enseignants dans leurs usages

– assouplir les autorisations d’usage des oeuvres dans des objets pédagogiques nonmarchands

pour assurer la sécurité juridique des enseignants

– rendre pratique la citation de source pour les oeuvres utilisées dans les produits

pédagogiques, à l’image du modèle automatique de génération des citations utilisé par

Wikicommons

– favoriser le remix pédagogique à partir des extraits d’oeuvres et l’utilisation d’images,

d’extraits sonores et vidéo, pour les productions destinées à la classe comme pour les

productions appelées à être distribuées par les enseignants sur les plateformes nonmarchandes

des ressources éducatives libres.

Recommandation 36 : Construire le cadre des usages des données éducatives

– La recherche scientifique en learning analytics doit être accompagnée d’une recherche en

sciences humaines et sociales sur les critères éthiques d’ouverture ou de fermeture de ces

données, sur les conditions économiques de leurs mises à disposition et sur les effets

sociaux de leurs usages.

– Les conditions d’une controverse publique autour des usages de ces données doivent être

mises en place, avec pour objectif d’encadrer les pratiques des gestionnaires de données. De

par son statut, Etalab pourrait être l’orchestrateur de la controverse comme de la

construction du cadre.

Recommandation 37 : Encourager l’open data entre établissements, collectivités

territoriales et Etat

– Inviter le ministère de l’éducation nationale à prolonger et amplifier son effort d’ouverture

de données, en lien avec d’autres institutions comme l’ONISEP

– Construire le cadre d’une transparence croisée et d’une gouvernance partagée entre les

collectivités territoriales, les services déconcentrés de l’Etat et le Ministère de l’Education

nationale autour des données produites par les uns et les autres.

 

 

savoirscom1

Pas si mal pour la diffusion de l’esprit des biens communs : près d’un quart des recommandations y font référence ! Au-delà de ces 40 recommandations, c’est une véritable philosophie de l’école qui est donnée et une vision d’avenir te d’ouverture.

 

 

Malgré ces points très inspirants, que nous saluons, nous pouvons apporter quelques réserves et nuances.

Ce rapport est  très ambitieux (trop ?) et  en l’état actuel des  choses, comment imaginer une mise en place concrète ? La vision de l’enseignement qu’il propose est très en rupture mais il semble manquer de positions plus généralisantes et de changement d’échelle et de paradigme. Il évite cependant le piège de n’aborder le numérique que sous un angle techniciste ou économique. Au contraire son approche est bien globale.

Il semble manquer aussi dans ce rapport, au-delà des objectifs avancés,  un appui sur les pratiques actuelles (et  parfois empiriques) des élèves et des pratiques pédagogiques des enseignants. La littératie numérique devrait s’appuyer sur ces pratiques et la façon dont les élèves investissent le numérique en tant qu’environnement (cf Louise Merzeau).

Parmi  les 8 propositions, nous sommes  surpris de trouver en  position 1 l’enseignement du code : est-ce donc cela la priorité au lieu  de l’enseignement d’une véritable culture numérique, qu’on retrouve seulement en  position 2  ?

Ensuite,  la proposition 3 sur un Bac « humanités numériques » aussi louable elle nous parait discutable : pourquoi un bac général ? (et pas aussi/ou un  bac pro ou une forme plus réaliste comme une option ou un enseignement dès le collège ?)

Sur la recommandation 8 « Inscrire dans la partie « ressources pédagogiques » de chaque ENT l’ensemble des espaces contributifs en biens communs, des ressources éducatives libres et des outils associés, pour qu’elles soient plus aisément à la disposition des équipes pédagogiques ».

Là  encore, nous saluons cette proposition mais la modérons…les ENT sont mal  (peu) utilisés par les collègues et restent des espaces fermés… pas totalement en adéquation avec l’esprit des biens communs donc.

Sur la recommandation 13 : Ouvrir des espaces de travail collaboratifs. Nous lisons « Contrairement au CDI ou à la salle de permanence, qui sont des lieux  de silence »…  cette formulation est caricatural et à l’image de ce qu’étaient (peut être) les  CDI il y a longtemps. Justement les CDI tendent à devenir ces espaces de  travaux de groupes et d’expérimentations.

Cette  proposition se rapproche du débat sensible et houleux  qui occupe la profession des professeurs documentalistes depuis quelques années maintenant autour des 3C  (centre de connaissances et de culture) ou learning center.

Cet espace de co-working pourrait pourtant ouvrir bien des perspectives…. à suivre.

Par  contre, ce rapport et ces recommandations n’en restent pas moins un formidable document  d’appui pour continuer la dynamique qui se met en place autour  des biens communs et des communs dans l’éducation notamment sur la culture de la participation

« Il faut encourager et valoriser les projets pédagogiques qui placent l’enfant en situation contributive et coopérative « 

Nous appelons donc le conseil supérieur des programmes à s’appuyer sur la richesse de ce rapport

  • pour que la littératie numérique ne reste pas encore une fois à la marge de l’enseignement mais soit au contraire pleinement intégrer dans les programmes, en particulier de l’éducation aux médias et à l’information, portée entre autre par les professeurs documentalistes.
  • pour que l’école  et l’enseignement restent des biens communs de la communauté, dans son ensemble, (équipe pédagogiques, éducatives, élèves, familles….).

Quelques réactions sur ce rapport

Bientôt un bac HN (Humanités Numériques) au lycée ? http://www.numerama.com/magazine/30798-bientot-un-bac-hn-humanites-numeriques-au-lycee.html

Jules Ferry 3.0 : la refondation par le numérique ? http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran/051014/jules-ferry-30-la-refondation-par-le-numerique

Bac humanités numériques, littératie, programmation, informatique, école créative : les propositions du Conseil National du Numérique http://www.a-brest.net/article16576.html

Le CNNum et l’école : « L’école numérique n’est pas l’école des tablettes »  http://www.lexpress.fr/education/le-cnnum-et-l-ecole-l-ecole-numerique-n-est-pas-l-ecole-des-tablettes_1607793.html

 

 

 

 

Trois idées reçues sur le marché du livre

septembre 9, 2014 dans Débats par SavoirsCom1

marche-du-livre.jpgDans un article paru le 10/08 sur le site Actualitté, il est fait mention d’une étude qui bouscule une idée reçue très présente dans les discours : Rien ne prouve que les ventes Internet fragilisent la librairie.

En plein coeur de l’été l’information a suscité l’intérêt de nombreux professionnels et a été reprise sur le site Slate.fr. L’auteur de cette analyse est un membre du collectif SavoirsCom1 qui a souhaité rester anonyme. Il propose l’analyse suivante :

Premier constat, qui bat en brèche bien des idées reçues, lues ici et là ces derniers mois : la part des libraires dans le CA du livre est stable depuis 2001 à 18,40%, contre 19% en 2012, et 18% en 2013. On pourra opposer que les années 1998-2000 était à environ 21%, mais c’était sur un nombre d’enseignes plus important que pour l’année 2001.

Second constat, plus prévisible, la part des ventes en ligne a progressé sur la période 2002 (première année où les chiffres sont connus)-2013 de 2,2% à 18%. La progression ne s’est donc pas faite sur le dos des libraires…

Où sont donc les victimes de la montée en puissance des libraires en ligne?

Sur la même période, la part des ventes Club (France Loisirs) et courtage est passée de 24,8% à 14,5%; celle des ventes dans les maisons de la presse, librairie-papeterie est passée de 8,9% à 4%. Une perte supérieure à la progression des ventes en ligne. Soit 15% du CA environ, qui sont passés vers la vente en ligne.

Rien ne permet de dire en l’état que la librairie est fragilisée par les ventes sur internet…

Bien sûr il ne s’agit pas de nier les difficultés qu’on les libraires aujourd’hui, mais il nous semble important de prendre en compte cette étude rendue très difficile par l’absence de transparence des acteurs du secteur du livre.

Nous espérons aussi que cette étude permettra de remettre en perspective le débat caricatural : Gentils libraires vs Méchant Amazon en posant la vraie question : celle de la fiscalité des multinationales et de la nécessaire réforme fiscale à l’heure du commerce des données… Amazon ne doit pas ainsi être considéré par rapport au « secteur du livre » mais bien par rapport aux enjeux économiques et sociaux que son activité soulève. Au même titre que d’autres multinationales c’est bien sa tendance naturelle à produire des enclosures et à faire commerce des données de ses clients qu’il nous faut interroger.

Autre idée reçue bousculée par l’étude : le poids supposé faible de la commande publique dans le secteur du livre. A l’heure où aucun Ministre ne trouve important de se déplacer alors que la France accueille le plus grand évènement professionnel de cette communauté (le Congrès de l’IFLA à Lyon a regroupé plus de 4 000 bibliothécaires de 120 pays cet été), il est bon de rappeler que les bibliothèques pèsent 12,8% du CA des éditeurs (chiffres 2012).

La dernière idée reçue est méthodologique : il serait facile à l’heure des données ouverte d’évaluer la commande publique… or il n’en est rien. Comment évaluer précisément les impacts économiques des politiques publiques dans lesquelles s’inscrivent les bibliothèques si le principal organisme collecteur des données d’acquisition, la SOFIA, ne publier aucun chiffre? Il nous semble urgent d’appeler à une politique d’ouverture des données pour les organisme assurant des missions officielles.

Nous vous invitons à vous saisir de cette étude, elle est librement accessible avec tous les chiffres analysés. Nous vous invitons à discuter de ces chiffres et à aller au delà des idées reçues.