Les communs : culture de la participation et culture numérique. Vers une littératie des communs ?

mai 27, 2014 dans Formation, Les biens communs en action

Cet article est publié simultanément sur le site Doc Pour Docs et sur le site du collectif SavoirsCom1

Ce Billet s’inscrit dans l’axe 4 du manifeste du collectif :

« 4. Les ressources éducatives libres sont autant de biens communs informationnels dont il faut encourager le développement. Il s’agit de données, de métadonnées, de savoirs, mais aussi de savoir-faire, et de savoir-être. La création, la mise en circulation de l’information doivent être pleinement intégrés dans les cursus scolaires et universitaires et dans les formations tout au long de la vie. Il s’agit là d’enjeux forts favorisant la citoyenneté et des apprentissages en réseaux, socles de l’existence des biens communs. »

Ces dernières années  ont vu l’émergence du concept de biens communs dans l’éducation et notamment auprès des professeurs documentalistes. Ce billet est donc l’occasion de faire un état des lieux (non exhaustif) de ce que sont les communs dans l’enseignement et comment les prendre en compte.

Public Domain CC0- geralt- http://pixabay.com/fr/arbre-structure-r%C3%A9seaux-internet-200795/

Public Domain CC0- geralt- http://pixabay.com/fr/arbre-structure-r%C3%A9seaux-internet-200795/

Brigitte Pierrat, Chargée de veille chez Ministère de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, cite les biens communs parmi les 4 concepts émergents en éducation : «  nomades, mooc, biens communs, datas » (à partir de diapo 19)

La lettre TicEdu documentation 40 sur Eduscol  consacre pour la première fois en mai 2014 une partie sur « Droits d’auteur, biens communs et ressources éducatives » – renvoyant à  deux vidéos d’une intervention d’Hervé Le Crosnier, maître de conférence en informatique à l’université de Caen- sont mises en ligne sur le site de l’académie de Rouen. »

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet intérêt pour les communs :

-          La viralité de la diffusion : avec les technologies numériques,  connaissances, savoirs, ressources se diffusent, se copient rapidement.

-          La non rivalité de ces ressources entre elles (j’aime beaucoup cette image très parlante : si j’ai une pomme et que je te la donne, je ne l’ai plus, mais si je te donne une information, un savoir, nous serons deux à l’avoir).

-          Les questionnements autour de pratiques  telles que le copié-collé.

-          Le développement des activités de curation, d’agrégation sur des plateformes telles que Scoop.it.

Conscients des enjeux qui y sont liés,  les professeurs documentalistes se forment donc :

** L’ARDEP Midi-Pyrénées (Association Régionale des Documentalistes et professeurs documentalistes de l’Enseignement Privé)  a proposé à ses adhérents une formation avec  Bastien Guerry en octobre 2013 lors de l’opération « Villes en biens Communs » : « Des ressources libres pour l’éducation : lesquelles et pourquoi ? ».

** A Rouen, lors de la journée académique des professeurs documentalistes de décembre 2013 la question « En quoi les communs de la connaissance modifient  l’enseignement en information-documentation ? » a été abordée dans un premier temps avec une intervention d’Hervé Le Crosnier puis sous la forme d’une table ronde avec Gildas Dimier qui a parlé Copy Party, Hélène Mulot sur les notions enseignées à travers l’enseignement des communs : Copier-créer-partager : enseigner les communs et Marion Carbillet  avec une réflexion sur l’utilisation des données des archives de Toulouse dans le cadre des commémorations de la Première Guerre Mondiale Partage et création numérique : exemple du projet tarnais : du patrimoine local à une réalité augmentée.

** A Rouen encore, une  journée académique a été proposée  aux collègues en février 2014, qui a permis de préciser le vocabulaire des communs et proposé des ateliers parmi lesquels : « Concevoir une formation pour des élèves sur le thème des biens communs ».

I-                  Comment définir les communs dans l’enseignement ?

Les  communs sont des ressources gérées collectivement  par une communauté. La communauté s’organise pour gérer et protéger cette ressource. Ces dangers sont de deux sortes : des enclosures et des usages abusifs de cette ressource.
La ressource peut être matérielle ou immatérielle. Dans l’enseignement, nous parlons plus particulièrement des communs de la connaissance, en particulier numériques.

1-      Quelles ressources sont des « communs » de l’enseignement ?

** Les ressources produites par les enseignants et partagées sous des licences Créative Commons (les blogs de certains professeurs documentalistes par exemple),

** Les ressources éducatives libres (REL),

** Les ressources produites par les élèves,

** Les data libres (données des élèves ou des enseignants),

** Les productions institutionnelles et culturelles libérées par :

-          Des bibliothèques : Gallica, Européana ;

-          Des centres d’archives **Entretien avec Jordi Navarro, archiviste : biens communs de la connaissance, archives et enseignement ;

-          Des musées  (avec des opérations comme Muséomix).

2-      Quelles communautés peut-on identifier ?

** Les communautés des enseignants, et en particulier de professeurs documentalistes qui se sont développées en ligne autour

-          de l’autoformation (exemple des MOOC comme celui de Besançon MOOCdocTICE dont on peut lire le bilan ici) ;

-          du partage et de la mutualisation (comme le site Doc pour docs qui s’inscrit dans le Move Commons) ;

-          de la production de contenus tels que les ressources éducatives libres ;

-          de besoins spécifiques et/ou locaux.

** Les communautés des élèves, souvent moins formalisées, qui peuvent se créer dans le cadre d’une classe, autour d’un projet d’établissement ou de centres d’intérêt (dans un club lecture par exemple).

** Les communautés d’intérêt comme celle de documentalistes  Doc@Brest, communauté dépassant le cadre du seul milieu enseignant.

3-      Quels modes de gestion et de gouvernance peuvent être proposés ?

A travers ces modes de gestion, il s’agit à la fois de préserver les ressources comme des communs mais aussi de les accroître.

** Le droit d’auteur peut se penser autour des licences Creatives Commons avec un partage à l’identique (c’est-à-dire sous les mêmes conditions de licence) et autour du domaine public (La licence CC0 – Creative Commons Zéro – permet de contribuer au domaine public puisque l’auteur abandonne ses droits).

** L’éditorialisation des ressources qui doit à la fois prendre en compte les besoins de la communauté (choix de ressources pertinentes) et proposer une plus-value sur le contenu (avec des annotations, des commentaires par exemple).

** Le stockage des ressources sur des plateformes ouvertes avec une attention portée à l’interopérabilité des outils (par exemple, il est impossible d’épingler une image issue de Facebook sur Pinterest, aussi libre de droit soit elle).

** L’attention portée aux enclosures éventuelles : captation des ressources par des sociétés privées par exemple (Avec les élèves on peut évoquer l’exemple de Facebook et les droits des images).

II-               Quelles formations peut-on proposer autour des communs ?

Le rapport  Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir : pour une nouvelle politique d’inclusion » du Conseil National du Numérique coordonné par Valérie Peugeot , propose de « Faire de la littératie pour tous le socle d’une société inclusive »

1.      Former massivement à la littératie numérique de l’enfance à l’âge avancé

2.      Former au numérique les publics exclus (précaires, migrants, sans papier, détenus, etc.)

3.      Former les enseignants, les formateurs professionnels et les travailleurs sociaux

4.      Constituer des référentiels communs de littératie numérique.

 

Je vous invite en particulier à lire les pages 21-22 de ce rapport où il est question de littératie numérique.
Pour moi ces 2 pages justifient à elles seules toutes les réflexions de ces derniers mois et les parcours de culture numérique ou translittératie qui fleurissent
ici ou dans nos établissements.

Pour les professeurs documentalistes il s’agirait donc de produire  des biens communs de la connaissance (images, textes, son, vidéos,  ou données) avec les élèves en utilisant des outils comme wiki, réseaux sociaux, logiciels libres…dans le respect du droit d’auteur et de ses usages élargis.

1- La formation au droit et à la notion d’auteur

·         La copy party au CDI et  Les licences libres

Lors d’une copy partie, les participants peuvent  copier pour leur usage privé n’importe quel document de la bibliothèque ou du CDI, s’appuyant pour cela sur sur l’article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle. Plusieurs  copy parties ont été organisées dans plusieurs établissements scolaires :

En lycée : copy partie Dont Doc pour Doc c’était fait l’écho ;

En Collège

·         L’autoritativité et la cartographie des sources

Cartographier les sources d’information,  « c’est demander aux élèves de présenter les sites trouvés lors d’une recherche d’information sous la forme d’une carte présentant une typologie des sites. Il s’agit d’utiliser la méthode de la carte mentale pour amener les élèves à se poser cette question, après la collecte d’information : « Qui parle sur ce sujet ? ».

2- La formation à la culture de l’information : la copie et le document de collecte

Certaines académies (comme Nancy) ont fait du copier-coller un axe de leur politique documentaire : avec l’intervention d’Anne Cordier (Maître de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication – Université de Rouen Laboratoire GRHIS),  «Face  au  copié‐collé,  d’une  identité  d’emprunt  à  une  identité  construite »  .

Silvère Mercier (bibliothécaire engagé pour le développement des biens communs de la connaissance », auteur du blog Bibiobsession , co-fondateur de savoirsCom1)  donne des perspectives intéressantes avec l’utilisation de Citamap pour rendre compte de ses lectures : quel lien entre la copie de citations  et les biens communs de la connaissance ?

3- La formation à la publication

Cela peut passer par :

**L’écriture collaborative (plusieurs séances ).

** De nouvelles formes de production : « revoir les restitutions académiques attendues » dit Anne Cordier. Plutôt que d’exiger une biographie de Molière – alors que l’on sait qu’ils vont aller sur le premier site référencé sur Google, et nous rendre tous la même copie ! –, on peut demander aux élèves d’inventer une interview fictive de Molière. V@l  du blog Didacdoc parle d’un » copier-coller-créer » (exemples de séances ).

** La publication en ligne des travaux d’élèves : à la fois pour une mise en valeur et une valorisation de ces productions  et pour un partage des connaissances (un blog ou un site réalisé par les élèves).

4- La présence en ligne (gérer ses données)

(Re)Lire ici le billet http://www.docpourdocs.fr/spip.php?article457

5- La culture numérique

La loi pour la Refondation de l’Ecole de la République de juillet 2013 qui  précise qu’il est aujourd’hui  » impératif de former les  élèves à la maîtrise, avec un esprit critique, de ces outils qu’ils  utilisent chaque jour dans leurs études et leurs loisirs et de permettre aux futurs citoyens de trouver leur place dans une société dont  l’environnement technologique est amené à évoluer de plus en plus  rapidement.  »

On peut ainsi s’appuyer sur 3 points d’appui :

- la compréhension de son environnement numérique

- la critique des outils et de leurs usages

- la participation par la création de contenus en ligne.

Des exemples avec :

-          ce bilan d’une année d’expérimentation de Marion Carbillet  ;

-          ce blog des élèves du collège de la Chaussonnière  créé dans le cadre d’un « parcours numérique »  avec Frédérique Yvetot ;

-          cette expérimentation du  projet d’initiation à la culture numérique en Seconde.

6- Culture de la participation et de la contribution

Il s’agit ici de la  formation au  partage et à la co-création.

*  A travers des exemples de séances très simples nous pouvons passer d’une culture de l’information à une culture de la contribution en amenant nos élèves à devenir des lecteurs « experts », qui s’approprient des informations en devenant eux-mêmes auteurs et en partageant leurs contenus (devenant des contributeurs).

* « Transformer une production locale et éphémère en production médiatique et durable » par Aline Bousquet. « Ce projet a permis aux élèves (binômes) de créer trois productions : une cartoline, un dialogue lu à voix haute, une chronique radio ».. . « La publication en ligne, quelle que soit sa forme (podcast, post de blog, page Web, diaporama en ligne, vidéos sur Youtube …) assure (en plus de multiples compétences liées à la translittératie) une pérennité et une visibilité au travail des élèves ». L’idée, ici de pouvoir faire écouter aux autres son propre travail, se situe bien dans une idée de partage.

* Des projets Eco-Ecole qui s’appuie sur les expériences des Incroyables Comestibles ou des grainothèques ou plus généralement toutes actions de développement durable, de solidarités et actions humanitaires menées dans nos établissements. Pour nous professeurs documentalistes, autant d’actions sur lesquelles s’appuyer pour permettre aux communs de prendre une place plus importantes dans nos écoles.

* Du côté des enseignants cette initiative très intéressante de collaboration entre enseignants :  « Proflab, le Fablab des profs, pour une intelligence collective de la pédagogie ».  « Le Proflab est un modèle de Fablab adapté au monde de l’éducation qui met en place une collaboration et une intelligence collective dans un monde où l’on a plus l’habitude de travailler les uns à côté des autres plutôt que les uns avec les autres. Bienveillance, coopération, convivialité et échanges. ». Cette idée de fab labs pourrait être déclinée comme le suggère Emmanuel Davidenkoff dans son ouvrage « Le tsunami numérique » : «on se prend à rêver que les lycées professionnels industriels ouvrent des fab labs et deviennent, localement, des pôles d’innovation réunissant univers de la formation, société civile et monde économique ».

 

III- Quelques ressources  pour aller plus loin 

Un scoop.it http://www.scoop.it/t/communs avec leTag « enseignement »

Une série de 6 webinaires proposés par l’Université Paris Ouest Nanterre-La Défense sur le thème des biens communs numériques au premier trimestre 2014.

Le Permis Internet pour les enfants : la pédagogie par la peur !

décembre 18, 2013 dans Débats

 

Permis InternetLa Gendarmerie nationale et l’association AXA Prévention (association de loi 1901 dont la mission affichée est « la pédagogie et l’éducation aux risques » )  ont présenté en grande pompe médiatique jeudi 12 décembre un programme  national pour responsabiliser enfants et parents à l’usage du Web et des  réseaux sociaux : un permis Internet .
Voici la présentation faite par le dossier de presse :
« Le  Permis Internet pour les enfants est un programme pédagogique de  responsabilisation des enfants et des parents pour un usage d’Internet  plus vigilant, sûr et responsable. Son principe : faire passer aux élèves de CM2 leur Permis Internet.  En CM2, les enfants s’apprêtent à entrer au collège, les usages et les  risques augmentent, c’est le bon moment pour les préparer.  La Gendarmerie nationale et l’association AXA Prévention unissent leurs  forces et leurs expertises en matière de protection et de prévention  contre les risques sur Internet en initiant, ensemble, ce programme  pédagogique à destination des 9 – 11 ans. Le Permis Internet pour les enfants est mis en place dans les classes par les enseignants pendant le temps scolaire.  Déployé dans le cadre des actions de prévention conduites par la  Gendarmerie nationale, ce programme clé en main, dont la mise en œuvre  fédère enseignants, familles et maires, est intégralement financé par  AXA Prévention. »

tweet

Le HuffingtonPost s’est procuré ce kit et décrit son contenu :
« Plus de 37.000 professeurs de CM2 s’apprêtent ainsi à recevoir un kit pédagogique contenant :
• 1 DVD de témoignages et de tests d’entraînement
• Des livrets ou plutôt « codes de bonne conduite sur Internet » pour chaque élève et ses parents
• Des fiches d’examen avec 10 questions pour valider leurs acquis
• Les fameux permis qui seront délivrés aux enfants
• 1 affiche récapitulant les conseils à mettre dans la salle de classe »
Ce  sont donc 3 à 4 séances que les élèves recevront avant de devoir  répondre à 10 questions qui permettront ou non, de valider leur code. C’est  lors d’une cérémonie à laquelle devront être présent que le code sera  remis aux élèves de CM2 par la gendarmerie et un représentant de AXA. Axa, assureur privé, qui propose aussi une prévoyance pour « Bien vous protéger contre les risques numériques »
Internet ne serait donc que cela : une machine gigantesque, dangereuse et incontrôlable ?

Pour en finir avec cette approche du web par la peur : pour une véritable mise en œuvre de l’EMI

L’UNESCO propose un programme d’éducation aux médias et à l’information  qu’il serait bon de prendre enfin en compte de façon sérieuse en France  afin d’enseigner les compétences nécessaires pour profiter pleinement  des avantages du droit à la liberté d’opinion et d’expression. Depuis  des années, le saupoudrage s’avère inefficace, et amène même à des  dérives du type de celle à laquelle nous sommes en train d’assister.L’appel à des entreprises privées pour remplacer les enseignants s’est déjà produit à plusieurs reprises avec des résultats fort mitigés.
C’est  à la fois un recul énorme que de brandir la « peur », un manque de  perspective indéniable sur ce qui se fait dans les établissements (les professeurs documentalistes encore une fois sont totalement mis de côté. Certes dans ce cas précis, il s’agit du primaire, mais il aurait plus intéressant justement de songer à une liaison cm2-sixième sur ces compétences et savoirs notionnels afin d’établir et d’impulser une véritable progression curriculaire. Le curriculum et l’idée d’une didactique de l’information reposent justement sur l’idée d’une progression et d’une construction qui sorte des stratégies de bricolage que symbolisent les kits.
Ce  permis est à la fois une contradiction avec le principe de neutralité  que défend notre collectif, mais aussi une contradiction vis-à-vis de  l’enseignement du numérique qui doit se faire sur un temps long.
Parler du numérique par le seul prisme de la peur,
  •  c’est enfermer les élèves dans des schémas prédéterminés à l’avance.
  •  c’est empêcher de laisser place à la créativité.
  •  c’est stigmatiser les usages des ados.
  •  c’est empêcher les élèves de développer à long terme des compétences en littératie numérique.
Bien  sûr, il ne s’agit pas de renier les dangers du net, mais de les  proposer dans une autre perspective, celle de la controverse par exemple  : Internet entre atouts et dangers.
Donner  aux élèves toutes les clés de compréhension de la culture numérique  afin de développer à la fois un esprit critique, responsable et éthique  du média qu’est Internet.
 Plutôt qu’un permis c’est donc une véritable progression des apprentisages qu’il conviendrait de mettre en place, impulsée comme cela se fait par les professeurs documentalistes.
Une progression autour de la translittératie, autour de la culture informationnelle et des médias mais aussi via   un programme informatique serait préférable à une telle action qui vient mettre à mal une fois de plus les initiatives de terrain qui ne sont pas assez soutenues et reconnues.
Ce n’est pas d’un enseignement uniquement techniciste dont nos enfants ont besoin et encore moins celui de règles préétablies par des autorités sécuritaires dont les valeurs sont souvent opposées aux valeurs de partage et d’échanges sur lesquelles reposent l’éducation.
 L’enseignement qui doit leur être proposé doit permettre le transfert de capacités et compétences permettant aux futurs citoyens  d’être créatif dans le monde numérique.
Etre acteur du numérique ce n’est pas seulement être un consommateur des outils au fur et à mesure de leur création ou disparition ; c’est se positionner en acteur participatif et contributif, porteur de projets.
Comprendre le web, le critiquer, y contribuer permet une distanciation nécessaire vis à vis à vis de discours parfois trop anxiogènes. Il s’agit donc donner aux élèves les clés de vigilance afin de leur donner des atouts pour devenir des contributeurs responsables.
Prendre en compte la technique, anticiper la portée des actions en ligne, comprendre la traçabilité et la viralité (dublication et transformation de nos données et de nos traces)  nécessite des compétences. Donner aux élèves, les éléments des enjeux, des risques et des profits passe par une culture de l’information qui permettent le développement d’une culture numérique et une culture de la participation.
D’autres billets sur le sujet dont nous vous recommandons la lecture :
-   Le permis Internet en CM2, dérives dans l’Éducation nationale  par Stéphanie de Vanssay et Anthony Lozac’h sur le blog L’école de demain 
 - J’ai honte pour mon école.  Michel Guillou.
- Les bienfaits du Net sur le blog parents 3.0

 Apprendre/désapprendre. Sur la ligne de crête des apprentissages numériques par Dominique Cardon

Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir: pour une nouvelle politique d’inclusion – Rapport du CNNUM, 2013

 

Communiqué de presse : L’école selon Microsoft : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer l’éducation privatrice et fermée

novembre 8, 2013 dans Débats

savoirscom1Notre collectif s’associe à l’April, Framasoft, le CNLL, et l’Aful  pour co-signer un communiqué  de presse  » L’école selon Microsoft : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer l’éducation privatrice et fermée « .

La conclusion du manifeste de Savoirscom1 indique :

« Le numérique est un processus qui transforme l’ensemble de la société en modifiant l’appropriation et le partage des connaissances. Il est essentiel que les politiques publiques en tiennent compte et préservent tout autant que promeuvent ce qui en est le coeur : la création et le partage des biens communs informationnels. »

Ainsi, il nous parait essentiel que l’enseignement prenne en compte  de façon plus précise une éducation à la translittératie qui s’appuie comme l’exprime ce communiqué de presse sur

  • Une maîtrise du code et la création de contenus multimédia
  • L’évaluation de l’information.
  • Une reconnaissance de l’éducation aux médias et à l’information

dans le sens d’une éducation aux médias et à l’information comme le recommande l’UNESCO, et comme l’enseigne déjà, entre autres,  les professeurs documentalistes.

Voici le communiqué publié également sur le site de l’April.

Paris, le 7 novembre 2013. Communiqué de presse.

Deux ans après la convocation d’une centaine d’inspecteurs de l’Éducation nationale au siège de Microsoft France, l’April, Framasoft, le CNLL, SavoirsCom1 et l’Aful s’étonnent d’une nouvelle entorse à la neutralité scolaire et à l’intérêt du service public d’éducation.

Le 19 novembre 2013, plusieurs responsables de l’Éducation nationale se déplacent au siège de la société Microsoft1. Michel Pérez, Inspecteur général de l’Éducation nationale, Catherine Becchetti-Bizot, Inspectrice générale, Directrice du Comité Stratégique pour le Numérique à l‘École ainsi que des représentations des associations de collectivités viennent découvrir une étude coordonnée par Ludovia Magazine, en association avec Microsoft, Intel et SFR2.

Le titre de l’étude se veut neutre : « Investissement des collectivités en matière de numérique à l’école ». Le dispositif de communication ne l’est pas. Par leur présence à la table ronde organisée par Microsoft, les Inspecteurs généraux légitiment l’appropriation de l’Éducation nationale par une société privée. Les signataires de ce communiqué dénoncent fermement cette nouvelle entorse à la neutralité scolaire et à la mission de service public de l’éducation nationale.

Les collectivités territoriales souhaitent-elles vraiment favoriser l’exploitation commerciale de l’école par quelques grandes sociétés pour lesquelles l’éducation est exclusivement un marché captif ?

Ce n’est pas la première fois que des responsables de l’Éducation nationale se déplacent au siège de la société Microsoft. Lors du salon Éducatec-Éducatice 2011, les inspecteurs de l’Éducation nationale chargés de mission nouvelles technologies (IEN-TICE) s’étaient vu convoqués par leur hiérarchie pour tenir leur journée annuelle au siège de la société Microsoft. L’April et Framasoft avaient déjà dénoncé «une véritable entorse à la neutralité scolaire et vivement regretté que les programmes de ces journées ne mentionnaient pas les logiciels et ressources libres3. Malgré la circulaire du premier ministre « Pour l’usage des logiciels libres dans l’administration »4.

Ce n’est pas non plus qu’un accident de parcours. Les services de l’Éducation nationale envoient depuis plusieurs mois des signaux inquiétants. Le rapport de l’Inspection générale sur « La structuration de la filière du numérique éducatif : un enjeu pédagogique et industriel »5 est très peu documenté sur les logiciels et ressources libres ou, au mieux minimise leur apport. Et le rapport n’aborde que très succinctement l’une des dispositions importantes du texte de loi pour la refondation de l’école qui recommande : « l’incitation au développement de ressources numériques se fera notamment en faveur de logiciels libres et de contenus aux formats ouverts »6. Les signataires de ce communiqué auraient pu, avec d’autres, aider les rédacteurs dans leur travail afin d’arriver à un rapport plus exhaustif.

« L’école ne doit pas être un marché captif des éditeurs privateurs du numérique. L’école que nous appelons de nos vœux, ne doit pas enseigner « avec » le numérique sur des produits privateurs dans une approche de type B2i qui forme avant tout des consommateurs passifs » déclare Rémi Boulle, vice-président de l’April, en charge du groupe de travail Éducation. Dans la continuité des principes hérités du siècle des Lumières, elle doit former des futurs citoyens responsables, capables de réfléchir de façon libre, indépendante voire les créateurs de demain.

Stefane Fermigier, Vice-Président du CNLL, rappelle pour sa part « La place du logiciel libre dans le système éducatif français est un enjeu majeur pour la compétitivité de notre économie. Pour continuer d’être à sa place de leader mondial du logiciel libre, la France doit aussi se doter d’une politique éducative forte dans ce domaine, en privilégiant l’usage d’outils pédagogiques libres, en fondant l’apprentissage du numérique à l’École sur les logiciels libres, et en enseignant les technologies et méthodologies propres au logiciel libre dans les filières informatiques et scientifiques ».

Enseigner « avec » le « numérique » dans toutes les disciplines nécessiterait a minima :

  • un véritable enseignement de la science informatique ;
  • d’authentiques cours de technologie qui ne seraient plus limités, en collège, à la seule étude d’objets physiques dans lesquels l’informatique qu’ils pourraient incorporer est ignorée et traitée comme une boîte noire ;
  • un authentique apprentissage raisonné des logiciels et de l’internet qui n’est actuellement enseigné nulle part ;
  • un enseignement des technologies et méthodologies propres au logiciel libre dans les filières scientifiques et informatiques ;
  • l’utilisation de logiciels libres et la diffusion sous licence libre des ressources utilisées dans le service public de l’éducation ;
  • une réflexion opérationnelle (approfondie) sur les contenus de cet enseignement, dès l’école primaire.

C’est également enseigner l’apprentissage du travail collaboratif, incompatible avec des ressources privatrices DRMisées, des formats de fichiers non interopérables, des licences qui ne permettent pas la libre circulation et le libre partage des savoirs. L’École ne doit plus être contrainte dans des systèmes privateurs et fermés.

Nous nous tenons à la disposition de l’Inspection générale et de Mme Catherine Becchetti-Bizot pour toute information complémentaire sur les logiciels et ressources libres pour l’éducation et leur souhaitons un riche salon Éducatec-Éducatice.

À propos de l’April

Pionnière du logiciel libre en France, l’April est depuis 1996 un acteur majeur de la démocratisation et de la diffusion du Logiciel Libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l’espace francophone. Elle veille aussi, dans leurre numérique, à sensibiliser l’opinion sur les dangers d’une appropriation exclusive de l’information et du savoir par des intérêts privés.

L’association est constituée de plus de 3 600 membres utilisateurs et producteurs de logiciels libres.

Pour plus d’informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l’adresse suivante : http://www.april.org/, nous contacter par téléphone au +33 1 78 76 92 80 ou par notre formulaire de contact.

Contacts presse :

Rémi Boulle, vice-président de l’April, en charge du groupe de travail Éducation, rboulle@april.org, 06 05 03 32 30
Frédéric Couchet, délégué général, fcouchet@april.org +33 6 60 68 89 31
Jeanne Tadeusz, responsable affaires publiques, jtadeusz@april.org +33 1 78 76 92 82

À propos de Framasoft

Issu du monde éducatif, Framasoft est un réseau d’éducation populaire consacré principalement au logiciel libre et s’organise en trois axes sur un mode collaboratif : promotion, diffusion et développement de logiciels libres, enrichissement de la culture libre et offre de services libres en ligne.

Pour plus d’informations, vous pouvez vous rendre sur le site Web à l’adresse suivante : http://www.framasoft.org/ et nous contacter par notre formulaire de contact.

Contact presse :

Alexis Kauffmann, fondateur et chargé de mission, aka@framasoft.org +33 6 95 01 04 55

À propos du CNLL

Le Conseil National du Logiciel Libre est l’instance représentative, au niveau national, des associations et groupements d’entreprises du logiciel libre en France. Le CNLL représente 13 associations et groupements, et par leur intermédiaire plus de 300 entreprises françaises spécialisées ou avec une activité significative dans le logiciel libre.

Le CNLL a pour principale mission de représenter l’écosystème du logiciel libre auprès des pouvoirs publics et des organisations nationales et internationales existantes.

Contact Presse : Amélie Vaysse, chargée de communication, relations presse. 01 41 40 11 42 – info@cnll.fr

À propos de SavoirsCom1

SavoirsCom1 est un collectif qui s »intéresse aux politiques des biens communs de la connaissance. Son action vise à faire en sorte que les politiques publiques favorisent la création, la diffusion et la mise en partage de biens communs informationnels. SavoirsCom1 défend lespositions exprimées dans son Manifeste.

Contact : savoirscom1@gmail.com ou Lionel Maurel, co-fondateur du collectif SavoirsCom1 calimaq@gmail.com

À propos de l’Aful

Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres, l’AFUL a pour principal objectif de promouvoir les logiciels libres ainsi que l’utilisation des standards ouverts. Ses membres, utilisateurs, professionnels du logiciel libre, entreprises ainsi que d’autres associations, sont issus d’une dizaine de pays ou de régions francophones (France, Belgique, Suisse, Afrique francophone, Québec).

Interlocuteur de nombreux médias, l’AFUL est présente sur nombre de salons, conférences et rencontres. Elle agit notamment activement contre la vente liée (site Non aux Racketiciels, comparatif bons-vendeurs-ordinateurs.info et bons-constructeurs-ordinateurs.info), pour l’interopérabilité (membre de l’AFNOR, participation aux référentiels d’interopérabilité et d’accessibilité de la DGME, site formats-ouverts.org, etc.), intervient sur les problématiques du droit d’auteur ainsi que pour la promotion de l’utilisation de logiciels et ressources pédagogiques libres pour l’éducation entendue au sens large.

Contacts presse :

1. Le Numérique à l’École : un enjeu partagé

2. Lancement de la deuxième édition de l’étude sur le numérique éducatif dans les collectivités territoriales

3. Les inspecteurs de l’éducation nationale convoqués chez Microsoft

4. Circulaire Ayrault sur le bon usage des logiciels libres dans l’administration française

5. Michel Pérez est le coordonnateur du rapport « La structuration de la filière du numérique éducatif : un enjeu pédagogique et industriel », 24/09/2013

6. Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République publiée au Journal Officiel le mardi 9 juillet 2013 : « L’incitation au développement de ressources numériques se fera notamment en faveur de logiciels libres et de contenus aux formats ouverts ».

 

L’exception pédagogique mérite un véritable débat parlementaire !

mars 20, 2013 dans Annonce

 

Par adeupa. CC-BY-NC-SA. Source Flickr.

Vendredi dernier, aux environs de trois heures du matin, les députés ont examiné l’article 55 de la loi Peillon sur la refondation de l’école de la République, qui portait sur la refonte de l’exception pédagogique au droit d’auteur. Cette exception, prévue par l’article L 122-5 du Code de la propriété intellectuelle, permet d’utiliser des extraits d’oeuvres protégées à des fins d’illustration de l’enseignement et de la recherche.

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L’article 55, tel qu’il résulte du projet de loi du Gouvernement, procède à un élargissement de cette exception, en ouvrant son application aux « oeuvres conçues pour une édition numérique de l’écrit » et à l’intégration d’extraits aux sujets d’examen. Ce sont des avancées qu’il faut saluer, mais qui s’avèrent nettement insuffisantes pour répondre aux problématiques soulevés par l’exception pédagogique, notamment dans l’environnement numérique.
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