Que peut on enseigner des Communs ? : définir les contours d’une littératie des communs

novembre 7, 2014 dans Formation

La mise à jour de notre manifeste encourage au développement d’une littératie des Communs.

Le développement d’une littératie des Communs doit favoriser la  citoyenneté et les apprentissages en réseaux, socles de  l’existence des  Communs. Il  faut donc  enseigner des connaissances, transmettre des savoir-faire et  savoirs être  qui garantissent la capacité des citoyens de demain à  créer des Communs.   L’apprentissage de la création, du stockage et de la  mise en circulation de  l’information, ainsi qu’une  formation à la compréhension critique de  notre environnement numérique   doivent être pleinement intégrées  dans  les cursus scolaires et  universitaires et dans les formations tout  au  long de la vie. 

En  outre, la création de ressources (éducatives) libres doivent être  encouragées et comporter une clause de  partage à  l’identique, qu’il  s’agisse de données, de métadonnées, de savoirs, garanties pour une  libre circulation des connaissances.
Il semble essentiel de proposer des ressources partageables afin que ceux qui y ont accès soient capables de se les approprier pour  les rediffuser ensuite : c’est donc par ces phonèmes de redocumentarisation et d’éditorialisation que les  Communs de la connaissance  se construisent.
 Comment faire entrer les élèves  dans les Communs de la connaissance ? Quelles sont les différentes  formes d’engagement vers lesquelles ont peut conduire les élèves  ?  Cette littératie est elle constituante d’une culture numérique ?
Autant de questions qui  émergent au sein des communautés pédagogiques, notamment des professeurs documentalistesNous avions réalisé un rapide tour d’horizon des pratiques voici quelques mois, duquel nous commençons à dégager de grands domaines de compétences.
Le concept de littératie des Communs reste à être défini de façon précise (nous y  reviendrons), mais nous vous proposons une carte (version beta) autour des notions et  des concepts qui pourraient être enseignés. C’est donc un « work in progress » que nous soumettons à vos remarques et  critiques.
Cette carte s’organise autour de la grille des “3C” “Comprendre – Critiquer – Créer”  proposée par Divina Frau-Meigs .
Littératie des Communs de la connaissance- versionBeta

Le Permis Internet pour les enfants : la pédagogie par la peur !

décembre 18, 2013 dans Débats

 

Permis InternetLa Gendarmerie nationale et l’association AXA Prévention (association de loi 1901 dont la mission affichée est « la pédagogie et l’éducation aux risques » )  ont présenté en grande pompe médiatique jeudi 12 décembre un programme  national pour responsabiliser enfants et parents à l’usage du Web et des  réseaux sociaux : un permis Internet .
Voici la présentation faite par le dossier de presse :
« Le  Permis Internet pour les enfants est un programme pédagogique de  responsabilisation des enfants et des parents pour un usage d’Internet  plus vigilant, sûr et responsable. Son principe : faire passer aux élèves de CM2 leur Permis Internet.  En CM2, les enfants s’apprêtent à entrer au collège, les usages et les  risques augmentent, c’est le bon moment pour les préparer.  La Gendarmerie nationale et l’association AXA Prévention unissent leurs  forces et leurs expertises en matière de protection et de prévention  contre les risques sur Internet en initiant, ensemble, ce programme  pédagogique à destination des 9 – 11 ans. Le Permis Internet pour les enfants est mis en place dans les classes par les enseignants pendant le temps scolaire.  Déployé dans le cadre des actions de prévention conduites par la  Gendarmerie nationale, ce programme clé en main, dont la mise en œuvre  fédère enseignants, familles et maires, est intégralement financé par  AXA Prévention. »

tweet

Le HuffingtonPost s’est procuré ce kit et décrit son contenu :
« Plus de 37.000 professeurs de CM2 s’apprêtent ainsi à recevoir un kit pédagogique contenant :
• 1 DVD de témoignages et de tests d’entraînement
• Des livrets ou plutôt « codes de bonne conduite sur Internet » pour chaque élève et ses parents
• Des fiches d’examen avec 10 questions pour valider leurs acquis
• Les fameux permis qui seront délivrés aux enfants
• 1 affiche récapitulant les conseils à mettre dans la salle de classe »
Ce  sont donc 3 à 4 séances que les élèves recevront avant de devoir  répondre à 10 questions qui permettront ou non, de valider leur code. C’est  lors d’une cérémonie à laquelle devront être présent que le code sera  remis aux élèves de CM2 par la gendarmerie et un représentant de AXA. Axa, assureur privé, qui propose aussi une prévoyance pour « Bien vous protéger contre les risques numériques »
Internet ne serait donc que cela : une machine gigantesque, dangereuse et incontrôlable ?

Pour en finir avec cette approche du web par la peur : pour une véritable mise en œuvre de l’EMI

L’UNESCO propose un programme d’éducation aux médias et à l’information  qu’il serait bon de prendre enfin en compte de façon sérieuse en France  afin d’enseigner les compétences nécessaires pour profiter pleinement  des avantages du droit à la liberté d’opinion et d’expression. Depuis  des années, le saupoudrage s’avère inefficace, et amène même à des  dérives du type de celle à laquelle nous sommes en train d’assister.L’appel à des entreprises privées pour remplacer les enseignants s’est déjà produit à plusieurs reprises avec des résultats fort mitigés.
C’est  à la fois un recul énorme que de brandir la « peur », un manque de  perspective indéniable sur ce qui se fait dans les établissements (les professeurs documentalistes encore une fois sont totalement mis de côté. Certes dans ce cas précis, il s’agit du primaire, mais il aurait plus intéressant justement de songer à une liaison cm2-sixième sur ces compétences et savoirs notionnels afin d’établir et d’impulser une véritable progression curriculaire. Le curriculum et l’idée d’une didactique de l’information reposent justement sur l’idée d’une progression et d’une construction qui sorte des stratégies de bricolage que symbolisent les kits.
Ce  permis est à la fois une contradiction avec le principe de neutralité  que défend notre collectif, mais aussi une contradiction vis-à-vis de  l’enseignement du numérique qui doit se faire sur un temps long.
Parler du numérique par le seul prisme de la peur,
  •  c’est enfermer les élèves dans des schémas prédéterminés à l’avance.
  •  c’est empêcher de laisser place à la créativité.
  •  c’est stigmatiser les usages des ados.
  •  c’est empêcher les élèves de développer à long terme des compétences en littératie numérique.
Bien  sûr, il ne s’agit pas de renier les dangers du net, mais de les  proposer dans une autre perspective, celle de la controverse par exemple  : Internet entre atouts et dangers.
Donner  aux élèves toutes les clés de compréhension de la culture numérique  afin de développer à la fois un esprit critique, responsable et éthique  du média qu’est Internet.
 Plutôt qu’un permis c’est donc une véritable progression des apprentisages qu’il conviendrait de mettre en place, impulsée comme cela se fait par les professeurs documentalistes.
Une progression autour de la translittératie, autour de la culture informationnelle et des médias mais aussi via   un programme informatique serait préférable à une telle action qui vient mettre à mal une fois de plus les initiatives de terrain qui ne sont pas assez soutenues et reconnues.
Ce n’est pas d’un enseignement uniquement techniciste dont nos enfants ont besoin et encore moins celui de règles préétablies par des autorités sécuritaires dont les valeurs sont souvent opposées aux valeurs de partage et d’échanges sur lesquelles reposent l’éducation.
 L’enseignement qui doit leur être proposé doit permettre le transfert de capacités et compétences permettant aux futurs citoyens  d’être créatif dans le monde numérique.
Etre acteur du numérique ce n’est pas seulement être un consommateur des outils au fur et à mesure de leur création ou disparition ; c’est se positionner en acteur participatif et contributif, porteur de projets.
Comprendre le web, le critiquer, y contribuer permet une distanciation nécessaire vis à vis à vis de discours parfois trop anxiogènes. Il s’agit donc donner aux élèves les clés de vigilance afin de leur donner des atouts pour devenir des contributeurs responsables.
Prendre en compte la technique, anticiper la portée des actions en ligne, comprendre la traçabilité et la viralité (dublication et transformation de nos données et de nos traces)  nécessite des compétences. Donner aux élèves, les éléments des enjeux, des risques et des profits passe par une culture de l’information qui permettent le développement d’une culture numérique et une culture de la participation.
D’autres billets sur le sujet dont nous vous recommandons la lecture :
-   Le permis Internet en CM2, dérives dans l’Éducation nationale  par Stéphanie de Vanssay et Anthony Lozac’h sur le blog L’école de demain 
 – J’ai honte pour mon école.  Michel Guillou.
- Les bienfaits du Net sur le blog parents 3.0

 Apprendre/désapprendre. Sur la ligne de crête des apprentissages numériques par Dominique Cardon

Citoyens d’une société numérique – Accès, Littératie, Médiations, Pouvoir d’agir: pour une nouvelle politique d’inclusion – Rapport du CNNUM, 2013

 

L’exception pédagogique mérite un véritable débat parlementaire !

mars 20, 2013 dans Annonce

 

Par adeupa. CC-BY-NC-SA. Source Flickr.

Vendredi dernier, aux environs de trois heures du matin, les députés ont examiné l’article 55 de la loi Peillon sur la refondation de l’école de la République, qui portait sur la refonte de l’exception pédagogique au droit d’auteur. Cette exception, prévue par l’article L 122-5 du Code de la propriété intellectuelle, permet d’utiliser des extraits d’oeuvres protégées à des fins d’illustration de l’enseignement et de la recherche.

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L’article 55, tel qu’il résulte du projet de loi du Gouvernement, procède à un élargissement de cette exception, en ouvrant son application aux « oeuvres conçues pour une édition numérique de l’écrit » et à l’intégration d’extraits aux sujets d’examen. Ce sont des avancées qu’il faut saluer, mais qui s’avèrent nettement insuffisantes pour répondre aux problématiques soulevés par l’exception pédagogique, notamment dans l’environnement numérique.
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Le projet Lyclic : « Les ressources éducatives doivent faire partie des biens communs de la connaissance »

novembre 22, 2012 dans Les biens communs en action

Un nouvel acteur est apparu cette année dans le paysage des ressources éducatives en ligne. Il s’agit de la plateforme Lyclic, conçue à destination des communautés lycéennes. Elle présente la particularité de permettre aux enseignants, aux élèves et aux parents de produire de manière collaborative des ressources, placées sous différentes licences Creative Commons.

Nous avons demandé à Marc-Aurèle Garreau, l’un des porteurs de ce projet, de nous présenter les grands principes de fonctionnement de la plateforme, ainsi que les liens qu’il perçoit avec la notion de biens communs de la connaissance.

Marc-Aurèle a rejoint les membres de SavoirsCom1 et notre Manifeste consacre l’un de ces points à la question des ressources éducatives.

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